L'Italie en équilibre précaire

le 19/04/2012 L'AGEFI Hebdo

Les mesures prises par le gouvernement Monti ont ramené la confiance des marchés. Mais le pays reste très fragilisé et sa marge de manœuvre est limitée.

Les mesures prises par le gouvernement de Mario Monti ont rassuré les investisseurs.

"On ne crée pas de croissance avec l’austérité», rappelait le ministre du Développement économique italien Corrado Passera avant la trêve pascale. «Nous devons accélérer sur tout ce qui peut pousser à la croissance: réformes, interventions et chantiers», a-t-il redit récemment. Le gouvernement a beau répéter qu’il ne prendra guère de nouvelles mesures d’austérité, il peine à rassurer les investisseurs, tout comme les ménages. En dépit des trois plans de rigueur adoptés depuis cet été, par le cabinet de Silvio Berlusconi, puis par celui de Mario Monti, l’Italie se trouve à nouveau sous forte pression. A tel point que le président de la République Giorgio Napolitano vient encore de solliciter «des actions» pour relancer la croissance et freiner un «malaise social croissant», tout en invitant les politiques à se concentrer «sur le grand problème du redressement et de l’équilibre des finances publiques non encore résolu».

«L’Italie souffre de deux grands problèmes, explique Clemente De Lucia, économiste chez BNP Paribas. D’une part, son énorme dette. A 120% du PIB, c’est l’une des plus élevées au monde. D’autre part, sa très faible croissance et ses perspectives limitées à long terme. Ces deux éléments, corrélés entre eux, ont engendré une spirale négative.» Les multiples correctifs budgétaires, en particulier le plan présenté par Mario Monti fin 2011, avec à la clé une réforme radicale du système des retraites, ont permis d’apaiser les marchés financiers. Au moins à court terme; la restauration de la crédibilité du pays vis-à-vis des investisseurs a permis une détente des taux d’intérêt à servir sur les titres de dette publique. «Ce plan d’assainissement était une condition préalable et nécessaire à la croissance, car l’Italie débourse chaque année l’équivalent de 4% à 5% de son PIB pour le service de la dette, se privant d’importantes ressources, par exemple pour ses infrastructures, poursuit l’économiste. Mais à lui seul, il est insuffisant

Dans la foulée, Rome s’est lancée dans un série de réformes, comme le train de mesures adopté en février pour ouvrir de nombreux secteurs à la concurrence ou la réforme du marché du travail actuellement en discussion au Parlement. «Certes, les effets ne se feront sentir qu’à moyen et long terme et il reste encore beaucoup à faire, notamment sur les coûts et la productivité du secteur public, mais au moins les choses bougent», conclut l’économiste.

Hausse des rendements obligataires

Ces changements destinés à rendre le pays plus efficace sont longs et complexes et ne mettent pas l’Italie à l’abri des aléas de la crise en zone euro. Comme en témoigne l’effet contagion de la crise budgétaire espagnole. Après trois mois d’accalmie, alors que la péninsule bénéficiait d’une forte baisse de ses taux d’emprunt grâce au retour de la confiance des investisseurs, elle s’est à nouveau heurtée à une hausse de ses rendements obligataires lors des dernières émissions de dette à court, moyen et long terme les 11 et 12 avril. «Même si les rendements sont remontés, la situation a nettement changé depuis le début de l’année, tempère Paolo Mameli, analyste d’Intesa Sanpaolo. La vulnérabilité de la dette italienne par rapport à d’éventuelles spéculations s’est considérablement réduite.» Pour ce dernier, l’alarmisme sur les comptes italiens est excessif et Rome pourrait être en mesure d’atteindre l’équilibre budgétaire d’ici à fin 2013. «L’économie réalisée grâce à la baisse des taux d’intérêt, ainsi que les recettes engendrées par la lutte contre l’évasion fiscale, permettent de compenser les effets de la crise et l’efficacité partielle des mesures d’austérité», estime-t-il.

En revanche, introduire des réformes structurelles en pleine crise affecte la croissance à court terme. L’Italie est entrée en récession fin 2011 et les perspectives pour 2012 ne sont guère exaltantes avec une chute du PIB attendue entre -1,2% et -1,5%. La production industrielle s’est écroulée en janvier et a continué de reculer en février (-6,8% sur un an). La détérioration du marché du travail s’est accélérée avec un taux de chômage de 9,2% enregistré en janvier, soit le taux le plus élevé depuis 2004. La confiance des consommateurs est en chute libre. Une situation sans égale depuis plus de 40 ans, selon Remo Lucchi de l’institut de recherche Eurisko. Dans ce contexte, la hausse de la TVA, récemment passée de 20% à 21% et qui devrait monter encore à 23% à partir d’octobre, tout comme la réintroduction de la taxe d’habitation, risque de pénaliser ultérieurement les ménages. Le tout au moment où Rome doit affronter de multiples chantiers, de la réforme fiscale à la révision intégrale des dépenses publiques, en passant par la numérisation de l’administration publique, un nouveau plan énergétique national et un plan pour la logistique.

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