DOSSIER ISR

L'ISR trouve de nouveaux relais de croissance

le 06/06/2013 L'AGEFI Hebdo

Après une nouvelle année de décollecte, les observateurs indiquent de possibles voies de développement.

L'ISR trouve de nouveaux relais de croissance

L’investissement socialement responsable (ISR) traverse une période charnière. En 2012, le secteur a connu sa troisième année consécutive de décollecte avec des sorties de 1,4 milliard d’euros (-2,4  milliards en 2011 et -2 milliards en 2010). Il ne doit sa bonne santé apparente qu’aux conversions de fonds (+7,4 milliards en 2012) et à la résistance des marchés (+3 milliards en 2012). Dans ce contexte, nombreux sont ceux à se demander quels seront les prochains leviers de croissance.

La réglementation, et plus précisément l’incitation à investir dans les fonds ISR, est montrée du doigt. « En France, il faudrait étendre les obligations de Grenelle II (qui, depuis 2012, imposent aux sociétés de gestion une obligation de transparence concernant les aspects environnementaux, sociaux et de gouvernance de leur gestion) aux investisseurs institutionnels », avance Philippe Zaouati, à la tête de Mirova, le pôle d'expertise investissement responsable de Natixis AM. Quand une caisse de retraite comme l’Erafp (Etablissement de retraite additionnelle de la fonction publique) est aujourd’hui investie à 100 % en fonds ISR, d’autres « ne font quasiment rien en ce sens. Cette situation pourrait évoluer très vite si obligation leur était faite de communiquer sur le sujet », indique un spécialiste du secteur.

Livre vert européen

Au niveau européen, la réglementation n’est pas en reste. D’une part, la Commission a proposé d’imposer l’obligation pour les entreprises de plus de 500 salariés de communiquer sur leur politique environnementale, sociale, etc. Une avancée qui jouerait clairement un rôle pour la promotion de l’ISR. D’autre part, le livre vert publié en mars 2013 par la même Commission de Bruxelles pourrait participer aussi au développement de l’investissement responsable. « A travers ce livre vert, le législateur indique qu’il veut réfléchir à la mise en place d’un cadre réglementaire plus favorable à l'investissement durable et responsable », commente François Passant, directeur exécutif d’Eurosif. Un texte qui va dans le sens de l’ISR même si d’aucuns soulignent qu’il répond avant tout à la volonté des gouvernements de trouver de nouvelles sources d’investissements pour leurs infrastructures.

Pour autant, Philippe Zaouati n’y voit pas de mal, au contraire. « La croissance de l’ISR va venir de nouveaux actifs, comme des instruments de dette, 'social bonds' ou 'green bonds' qui peuvent financer directement les infrastructures à long terme et l’économie réelle », assure-t-il. Selon lui, une partie de l’avenir de l’ISR réside dans ces nouveaux véhicules construits autour de projets en lien direct avec le développement durable : comme l’obligation « socialement responsable » d’Air liquide émise en octobre dernier (500 millions d’euros à 2,125 % à 9 ans) destinée à financer l’acquisition de deux sociétés spécialisées dans les soins à domicile. « Nous apprécions ces financements fléchés vers des projets, confie Philippe Zaouati. Nous en manquons et cherchons à réunir des investisseurs autour de ces idées. »

Pour d’autres, l’ISR doit avant tout se tourner davantage vers le grand public. « 52 % des Français disent accorder une place importante aux critères sociaux et environnementaux dans leur décision de placement et 19 % d’entre eux serait prêts à investir en ISR si cela leur était proposé », détaille Bertrand Fournier, président du FIR (Forum de l’investissement responsable), s’appuyant sur les résultats de la dernière étude menée par Ipsos pour Eiris et le FIR (octobre 2012). Or les fonds ISR sont rarement promus dans les réseaux de distribution. « On a plus un problème d’offre que de demande », confirme Bertrand Fournier. Seule La Banque Postale a mis en place une présentation systématique de son offre « Investir Autrement » dans ses agences. Parfois trop compliqué et pas assez concret, l’ISR passe difficilement auprès des particuliers. « Ils ne comprennent pas les méthodologies d’investissements, notamment celles des fonds 'best-in-class', explique Patrick Savadoux, gérant ISR chez Mandarine Gestion. Comment expliquer qu’un fonds ISR est investi dans une société pétrolière ? C’est compliqué. »

Dominique Blanc, responsable de la recherche ISR chez Novethic, pousse plus loin sa réflexion : « L’atout de la finance solidaire est de pouvoir évaluer son impact. Le marché de l’ISR s’est structuré, il est bien outillé, de nombreux produits existent. Ce qui lui manque désormais, c’est sa capacité à démontrer son efficacité environnementale et sociale. » Tant qu’il ne pourra pas mesurer ses effets au travers d’une notation extra-financière simple et comparable, l’ISR aura du mal à gagner du terrain. Un sentiment que beaucoup partagent, à commencer par l’AFG (Association française de la gestion financière dont une commission est dédiée à l’ISR) et le FIR qui travaillent sur une… définition commune de l’ISR. Un préambule à toute labellisation grand public et, pourquoi pas, initiation fiscale à investir dans ce type de fonds.

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