L’Irlande veut renégocier le plan d’aide européen

le 10/03/2011 L'AGEFI Hebdo

Dublin qualifie le taux d’intérêt du prêt de sauvetage de « punitif » et veut accroître la contribution des détenteurs de titres de dette bancaire.

Second tour. L’Irlande, qui entre dans une nouvelle ère politique après la défaite électorale du parti Fianna Fail le 25 février dernier, réclame des contreparties moins draconiennes au plan de sauvetage de 85 milliards d’euros de l’Union européenne. Les négociations s’annoncent serrées et complexes à mener.

« Le seul ciment des deux partis vainqueurs est leur opposition à la précédente majorité » émanant du parti de centre-droit qui était resté au pouvoir quasiment sans intermède depuis l’indépendance du pays, observe Jean-Louis Mourier, économiste chez Aurel BGC. Le gouvernement irlandais sera constitué d’une coalition entre deux courants qui présentent chacun des revendications différentes, le Fine Gael (FG), qui se définit comme « centre progressiste » et a recueilli 36,1 % des voix, et le Labour Party (LP) travailliste qui a obtenu 19,4 % des suffrages. Ces derniers affichent toutefois un objectif commun, celui d’alléger le poids des mesures d’austérité imposées par les autorités européennes et le Fonds monétaire international (FMI) aux contribuables irlandais. Très remontée, l’opinion publique estime que le plan de restriction accepté par l’ancien Premier ministre, Brian Cowen, est excessif.

La grogne sociale est d’autant plus exacerbée qu’après avoir subi une récession brutale, le contexte économique reste morose. Le taux de chômage est passé de 4,5 % en 2007 à 13,4 % fin 2010. Après avoir progressé de 5,6 % en 2007, le PIB s’est subitement effondré de 3,5 % en 2008, puis de 7,6 % en 2009, avant de commencer à se stabiliser en 2010. « L’économie irlandaise a touché le fond », estime Jean-Louis Mourier. Son niveau d’activité devrait encore stagner cette année avec une légère remontée du PIB de 0,6 %, selon les calculs de Natixis : « Comme l’essentiel de l’effort d’austérité repose sur les ménages, la consommation devrait encore se contracter de 1,6 % et l’investissement reculer de 7 %. » Seul le commerce extérieur sera en mesure de soutenir l’économie. Ce moteur explique d’ailleurs en grande partie la reprise prononcée des indicateurs avancés (PMI) Markit pour le mois de février concernant à la fois l’industrie manufacturière et les services. « C’est un bon signe effectivement, commente Gaëlle Malléjac, responsable de la gestion de taux de Groupama Asset Management. Mais il faudra surveiller que ce sentiment plus positif des entreprises se pérennise. »

Bras de fer

Renforcer ce sentiment passe par une demande intérieure plus dynamique. Relancer les dépenses des ménages en est l’un des moyens, notamment en réduisant les coupes dans les dépenses publiques ou les ponctions fiscales. Sans remettre en cause l’objectif établi par l’Union européenne et par le FMI de ramener le déficit budgétaire de Irlande en dessous de 3 % d’ici à 2015, mais souhaitant diminuer la facture globale des restrictions budgétaires, le FG réclame une révision à la baisse du taux d’intérêt moyen « punitif » de 5,82 % (pour une maturité moyenne de 7,5 ans) du prêt accordé au précédent gouvernement. « Il est vrai que le rendement est élevé, mais les taux du marché, nettement plus prohibitifs, rendraient la charge de la dette publique encore plus insoutenable », rappelle Gaëlle Malléjac.

L’autre point sensible est le degré de contribution des détenteurs de titres de dette bancaire, non garantis par l’Etat, aux pertes des banques irlandaises en difficulté. Selon la banque centrale, 16,4 milliards d’euros de ces titres sont en circulation, dont 5,9 milliards émis par Allied Irish Bank, 5,2 milliards par Bank of Ireland et 3,2 milliards par Anglo Irish. Cette initiative inquiète d’autant plus les créanciers concernés que la restructuration du secteur bancaire est loin d’être achevée. A l’heure actuelle, « ses principales sources de financement sont les facilités de la Banque centrale européenne (BCE), pour environ 125 milliards d’euros, et ses dépôts » qui continuent de diminuer, indique Thierry Million, directeur de la gestion de taux chez AllianzGI Investments Europe. Autant dire que les marges de manœuvre de négociation sont ténues. Mettre à exécution la menace d’une restructuration unilatérale de la dette privée des banques irlandaises risquerait de les priver à la fois des refinancements de la BCE et des levées de sauvetage des fonds européens.

A l’approche du Conseil européen des 24 et 25 mars destiné à pérenniser et renforcer l’actuel mécanisme européen de stabilité financière, les autorités européennes ont indiqué qu’elles étaient prêtes à discuter avec Dublin. Cette fois, les négociations pourraient sonner le glas d’une spécificité du pays, à savoir son taux d’imposition sur les sociétés de 12,5 %. Lutte contre le dumping fiscal oblige.

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