L’Irlande repasse petit à petit dans le vert

le 06/10/2011 L'AGEFI Hebdo

L’économie renoue avec la croissance, mais reste vulnérable au ralentissement économique mondial.

L’Irlande est en voie de rémission. Le PIB a enregistré deux trimestres consécutifs de croissance pour la première fois en cinq ans (1,9 % et 1,6 % au premier et au deuxième trimestre en rythme trimestriel), notamment grâce à la hausse de l’excédent commercial. Le Fonds monétaire international (FMI) s’attend à une croissance de 0,4 % cette année (après -0,4 % en 2010) et de 1,5 % l’an prochain. Le pays récolte les fruits de son effort de compétitivité (le coût réel du travail unitaire a baissé de 4,6 % en 2010 et devrait diminuer de 3,1 % en 2011, selon la Commission européenne). Le solde du compte courant est même revenu en territoire positif en 2010 (à 0,5 % du PIB), contrairement à ceux des autres pays « périphériques » - Grèce, Portugal, Espagne et Italie. Il devrait atteindre 1,8 % cette année.

Le gouvernement est en passe de respecter son engagement de réduction du déficit budgétaire en 2011 (celui-ci pourrait atteindre 10,2 % du PIB, selon la Commission européenne, mieux que l’objectif de 10,6 %), et les inspecteurs de la troïka (FMI, Commission européenne et Banque centrale européenne) ont avalisé sans peine le versement de la troisième tranche du plan d’aide lancé en décembre 2010 (26,7 milliards d’euros sur 67,5 milliards ont désormais été débloqués). Certes, le déficit s’élevait à 20,4 milliards d’euros fin août, contre 12,1 milliards au même moment l’an dernier, mais ce chiffre inclut 10,6 milliards utilisés pour recapitaliser les banques. De plus, la trajectoire de la dette publique s’est améliorée grâce à l’allongement des maturités et la baisse des taux d’intérêt des prêts du Fonds européen de stabilité financière consentis par le Conseil européen le 21 juillet (celle-ci devrait être ramenée à 112 % du PIB en 2016, contre 115,4 % prévu initialement, selon le FMI). Bruxelles a récemment proposé de faire de même avec les prêts du Mécanisme européen de stabilisation financière.

La confiance des marchés revient lentement. Le taux d’intérêt des obligations souveraines à 10 ans sur le marché secondaire est passé d’un pic de 14 % le 18 juillet à 7,6 % le 30 septembre, en dépit des vicissitudes du dossier grec. Les entreprises, elles, sont plus réservées : l’indice PMI de NCB et Markit est toujours inférieur à 50 dans l’industrie (49,7 en août) et continue à baisser dans les services (51,1).

Restructuration bancaire

Le ministre des Finances Michael Noonan a prévenu qu’il faudrait faire un effort supplémentaire dans le budget de 2012, qui doit être dévoilé début décembre, pour ramener le déficit à 8,6 % du PIB, en raison du coup de frein que connaissent les principaux partenaires commerciaux du pays. « L’économie irlandaise est très ouverte, rappelle Fabio Fois, économiste chez Barclays Capital. Mais c’est aussi une économie assez compétitive, qui peut faire face mieux que d’autres au ralentissement mondial tant qu’il n’est pas trop grave. » Pour 2012, Michael Noonan prévoit une croissance d’environ 2 %, contre 2,5 % auparavant. « Le gouvernement devrait faire des économies supplémentaires pour se donner une marge de manœuvre en cas de crise plus grave », estime Joseph Durkan, économiste à l’ESRI (Economic and Social Research Institute). Dublin prépare aussi un plan de consolidation à moyen terme, détaillant les économies à réaliser chaque année pour faire baisser le déficit sous 3 % du PIB en 2015.

L’un des chantiers en cours est la restructuration du système bancaire, après la recapitalisation de 24 milliards d’euros décidée en mars suite au test de résistance national. Les banques examinées doivent atteindre un ratio de prêts sur dépôts de 122,5 % d’ici à 2013, contre environ 180 % en 2010, notamment en vendant des actifs non stratégiques à l’étranger. Fin mai, ces établissements avaient cédé pour 7,2 milliards d’euros d’actifs sur 70 milliards prévus d’ici à fin 2013. L’environnement mondial actuel pourrait rendre les cessions difficiles, selon Astrid Schilo, économiste de HSBC.

Le gouvernement prévoit de revenir sur le marché d’ici à mi-2013, après un test d’ici à l’été 2012. Un scénario qui dépend en partie de l’évolution de la crise grecque. « Si la Grèce fait défaut de manière désordonnée, cela pourrait affecter le calendrier du retour de l’Irlande sur le marché », prévient Dietmar Hornung, analyste de Moody’s, qui a dégradé en juillet la note de l’Irlande à Ba1, en catégorie spéculative, en raison notamment de la participation du secteur privé au financement de la Grèce. « Les marchés ne sont pas toujours disposés à faire la différence entre les situations domestiques et mondiales, ajoute Astrid Schilo. Et ils pourraient juste surveiller la vitesse avec laquelle l’Irlande se désendette et met en œuvre l’austérité budgétaire. »

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