L'avis de... Bernard Aybran, directeur de la multigestion d'Invesco AM

« L’investissement européen est à un niveau de faiblesse jamais vu »

le 19/12/2013 L'AGEFI Hebdo

L’Europe en a-t-elle fini avec la récession ?

Ceux qui s’en tiennent à l’observation des indicateurs avancés - tels les PMI (réalisés à partir de sondage auprès des directeurs d’achats) prévoyant une expansion économique depuis juillet 2013 - en sont convaincus. Force est de constater que la valeur ajoutée brute actuelle des entreprises non financières a effacé la contraction de 2008, tant aux Etats-Unis qu’en Europe. Selon les tenants des théories de l’offre, cette remise à niveau est favorable à un redémarrage de l’activité grâce à la reprise des investissements puis de l’emploi. Le PIB de la zone euro a certes renoué avec la croissance au deuxième trimestre, mais en niveau, il se situe encore loin de 2008. L’investissement privé européen est à un niveau de faiblesse jamais vu depuis des décennies, tandis que la production de crédit bancaire continue de se contracter. Au cours des six dernières années, la demande domestique des pays de la zone euro – à l'exception de l'Allemagne – s'est plus repliée que leur PIB. C’est une mauvaise nouvelle pour une zone où le marché intérieur pèse plus lourd que le commerce extérieur.

La crise de la dette européenne est-elle réglée ?

Le marché ne s’y intéresse plus et pourtant…La dette publique de la zone euro progresse (un ratio de 115 % du PIB) à un rythme qui s’accélère depuis 2012, tandis que la dette du secteur privé (de 430 % du PIB) a du mal à se stabiliser. Cette situation n’inquiète plus les investisseurs étrangers qui redeviennent acheteurs d’actions européennes. Ce sont même eux qui sont à l’origine de l’ébauche de la « grande rotation » tant attendue – à savoir la vente d’obligations au profit d’actions – et non les fonds de pension occidentaux. Ces derniers ont au mieux laissé leurs positions s’apprécier. Pour le moment, les flux de collecte vers les fonds d’actions européennes n’ont compensé qu’une dizaine de pourcents des sorties cumulées depuis cinq ans.

La dette émergente redevient-elle attrayante ?

Le rendement des obligations émergentes en devises locales a retrouvé des niveaux attrayants. Mais, comme les flux restent vendeurs, mieux vaut rester prudent. En cas de choc, la porte est étroite pour sortir de ce marché peu liquide. Les stocks de titres des primary dealers se sont réduits considérablement à la suite du désengagement des banques d’affaires en 2007. La prudence est de mise aussi dans l’obligataire à haut rendement, notamment envers leur notation. Une redéfinition juridique récente, plus laxiste de ce qui était précédemment considéré comme un événement de défaut, créé une fausse impression de sécurité.

A lire aussi