L'avis de... Maurício Molan, économiste en chef de Santander Brasil

« L’inflation dans les services tourne autour de 10 % »

le 03/05/2012 L'AGEFI Hebdo

En dépit du ralentissement économique, le chômage est à son plus bas niveau. Comment l’expliquez-vous ?

Le ralentissement observé au cours de la seconde partie de l'année dernière et au début de cette année est inhabituel. L’activité industrielle, et particulièrement dans l'industrie automobile, s’est contractée brutalement. A contrario, celle des services et la consommation privée demeurent dynamiques. C’est pourquoi le chômage n'a pas augmenté. Les services ont besoin de plus de main-d'œuvre que l'industrie. D’ailleurs, les salaires réels continuent d’augmenter.

Le Brésil risque-t-il de se désindustrialiser du fait de l’appréciation du real ?

Rien ne prouve que la chute de la production industrielle actuelle soit liée à une perte de parts de marché. Elle résulte surtout d’une faible demande externe. L’économie mondiale s’est affaiblie brusquement, surtout aux Etats-Unis et dans la zone euro. La demande de produits manufacturiers brésiliens a donc diminué. Il ne fait aucun doute, cependant, que l’industrie est confrontée à un problème de compétitivité, qui n’est pas seulement dû à l’appréciation du real. Depuis 2007, ses marges ont baissé, principalement en raison de la hausse des coûts salariaux et d’une baisse de productivité. Contrairement aux sociétés de services, les industriels peinent à transférer la hausse des salaires dans leurs prix de ventes car ils font face à la concurrence étrangère, en particulier asiatique. Cela explique que, dans les services, l’inflation tourne autour de 10 % tandis que, pour les biens durables et semi-durables, elle s’élève à 3 %. De plus, selon un sondage récent de la Sao Paulo Industry Federation, 65 % des entrepreneurs industriels brésiliens se plaignent d’abord de la fiscalité (légèrement au-dessous de 40 %) et 11 % d’entre eux des taux d’intérêts élevés et de l’accès au crédit. Si le gouvernement tente d’améliorer la compétitivité de l'économie en se bornant à ajuster le taux de change, le déséquilibre entre les salaires et la productivité risque de s’accroître, ainsi que l'inflation.

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