L'avis de... Pierre Sabatier, stratégiste à PrimeView

« L’inflation actuelle est déflationniste »

le 27/01/2011 L'AGEFI Hebdo

Après avoir craint la déflation en Europe et aux Etats-Unis il y a six mois, les marchés semblent vouloir se faire peur avec l’inflation. Qu’en pensez-vous ?

Le risque inflationniste est un risque pour les pays émergents, et les forces d’inflation sont bien repérées, c’est l’envolée des cours des matières premières. Pour le reste, il n’y a plus d’inflation dans les pays dits développés qui sont fondamentalement déflationnistes ou désinflationnistes. Dans ces pays, les agents privés comme les agents publics sont entrés dans une longue phase de désendettement, et ce processus de deleveraging n’est pas encore parvenu à son terme. De plus, étant donné le niveau du chômage dans l’Union européenne comme outre-Atlantique, il n’existe absolument pas d’effets de second tour, c’est-à-dire de lien auto-entretenu entre la hausse des prix et une hausse des salaires. La résultante est que nous sommes en train d’assister à une lutte entre l’inflation headline et les indices sous-jacents.

Selon vous, l’Europe reste sur une voie déflationniste…

Oui. Pour les raisons que nous venons d’évoquer mais aussi parce que, avec le taux de change fixe du yuan, nous importons certes de l’inflation de Chine où les pays développés dits industrialisés ont massivement délocalisé ces dernières années leur industrie ; la Chine et les autres émergents devant faire face à l’envolée des cours des matières et à des hausses de salaires. C’est le grand changement par rapport aux années 2000, nous n’importons plus automatiquement de la désinflation. Mais cette inflation importée est fondamentalement déflationniste : dans le contexte actuel où la croissance réelle est nettement inférieure à la croissance potentielle, cette inflation ponctionne le pouvoir d’achat des ménages et les marges des entreprises. L’inflation considérée comme les indices de prix globaux prend le dessus dans un premier temps. Mais ce mouvement est temporaire et à la fin, les déflationnistes l’emportent.

Alors 2011 ressemble à 2008 ?

Comme deux gouttes d’eau. Comme il y a trois ans, nous retrouvons aujourd’hui de fortes hausses des prix des matières premières énergétiques et alimentaires qui déboucheront sur des baisses globales des prix. Dans un monde ouvert comme le nôtre, les forces désinflationnistes restent les plus fortes.

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