L'avis de... Catherine Stephan, économiste de BNP Paribas

« L’industrie allemande est très sensible à la volatilité économique extérieure »

le 08/09/2011 L'AGEFI Hebdo

L’industrie allemande peut-elle résister au ralentissement de la demande mondiale ?

La santé du commerce extérieur est un point clé pour l’industrie outre-Rhin. Les exportations représentent près de 50 % du PIB allemand. Quelque 40 % des exportations sont destinées à la zone euro, avec la France pour principal partenaire. L’Asie, quant à elle, contribue à environ 15 % des exportations, tirées par la montée en puissance de la Chine au cours de ces trois dernières années. La part des exportations allemandes destinées à l’Empire du Milieu est passée de 4,6 % en 2008 à 6 % en 2010. L’Allemagne reste donc très sensible à la volatilité économique extérieure. Cette dépendance a d’ailleurs été observé au mois d’août dans l’indice PMI des acheteurs pour l’industrie manufacturière allemande qui s’est établi à 50,9, un plus bas depuis 23 mois, indiquant en particulier une forte contraction des volumes des nouvelles commandes de l’extérieur. Cependant, la production de l’industrie allemande, qui demeure très compétitive, devrait progresser dans les mois à venir, mais modérément.

Le tassement des prix des matières premières peut-il stimuler la consommation domestique ?

La hausse continue des prix de l’énergie tout au long de l’année a certainement joué dans l’essoufflement de la consommation privée observé au deuxième trimestre. Une stabilisation des prix du pétrole serait sans aucun doute bénéfique à la demande domestique. Si l’incertitude entourant le financement de la dette publique dans plusieurs pays de la zone euro est encore susceptible d’entamer le moral des ménages, la consommation privée devrait cependant renouer avec une orientation légèrement haussière au troisième trimestre grâce à un niveau de chômage (7 % au mois d’août) au plus bas depuis près de vingt ans en Allemagne. Quoi qu’il en soit, les consommateurs ne devraient pas profiter tout de suite d’une éventuelle répercussion de la baisse des prix des matières premières dans les prix de vente des industriels.

Comment va évoluer le taux d’utilisation des capacités industrielles ?

La production industrielle du deuxième trimestre est inférieure de seulement 3 % à son niveau record d’avant-crise. Mais le taux d’utilisation des capacités industrielles, qui avait quasiment retrouvé son niveau d’il y a quatre ans, pourrait maintenant se stabiliser. Les investissements en nouvelles capacités devraient être plus modérés à l’avenir, en raison notamment du ralentissement des exportations de produits manufacturiers. A titre indicatif, au deuxième trimestre, l’investissement en machines et biens d’équipement, qui a pourtant progressé de 11,8 % en un an, reste encore inférieur de 8 % au point haut du dernier trimestre 2007.

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