L’avis de… Pierre-Ignace Bernard, directeur associé senior chez McKinsey

« L’industrie a perdu 4 milliards d'euros de revenus en cinq ans »

le 06/10/2011 L'AGEFI Hebdo

Quelles sont les difficultés du métier de la gestion d’actifs ?

La crise de l’industrie de la gestion d’actifs se propage depuis 2007. Si, en Europe et en France en particulier, la fin 2010 et le premier trimestre 2011 ont nourri des espoirs de retour à la normalité, le choc boursier de cet été a anéanti ce sentiment. Globalement, sur ces dernières années, entre des crises financières rapprochées, la montée de l’aversion au risque et l’avènement de Bâle III, les investisseurs se sont détournés des actifs dits risqués. Résultat, la marge du métier d’asset management est passée de 23,5 points de base (pb) sur encours en 2000 à 12,5 pb en 2010. Et les bénéfices cumulés de l’industrie ont été divisés par deux entre 2007 et 2009.

Quels sont les principaux défis à relever ?

Ils sont au nombre de trois. Le premier est relatif à la part de marché de cette industrie. Les particuliers se sont orientés vers des produits bilanciels de banques aux rémunérations attractives (livrets, comptes de dépôt…) et l’assurance-vie. Pendant ce temps, les institutionnels ont choisi plus massivement d’investir soit directement sur les marchés, délaissant les OPCVM et les mandats de gestion, soit sur des produits issus de banques de financement et investissement (EMTN…). On estime que sur les cinq dernières années, la part de marché des actifs financiers gérés par les maisons de gestion en Europe a fléchi de près de 2 points à 14 %. Soit une perte de revenus de l’ordre de 4 milliards d’euros pour le secteur. Ensuite, l’industrie doit parvenir à une meilleure compréhension des besoins des investisseurs et moins raisonner en termes de produits. Enfin, les modèles d’activité doivent être repensés. La gestion d’actifs est un métier encore relativement jeune qui a grandi sur un modèle start-up : en multipliant les stratégies et les produits, il a créé beaucoup de complexité et peu capté d’économies d’échelle. Il faut aujourd’hui réaliser des choix, rationaliser les modes de fonctionnement et abandonner certaines expertises. En 2000, la base de coûts des gestionnaires était de 16,8 pb sur encours contre 21,2 pb en 2010. La crise actuelle impose d’inverser cette tendance.

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