L’indépendance de la Banque du Japon attaquée

le 03/05/2012 L'AGEFI Hebdo

L’opposition au Premier ministre, Yoshihiko Noda, cherche à imposer la conduite d’une politique monétaire extrêmement assouplie.

Au Japon, les débats autour de la politique monétaire à mener s’enveniment et prennent un tour inquiétant. Les pressions politiques sur la Banque du Japon (BoJ) sont telles qu’elles commencent à faire craindre une perte de son autonomie. Le Parti libéral démocrate (LDP) - opposé à celui au gouvernement, le Parti démocrate du Japon (DPJ) - souhaite proposer une loi selon laquelle le Parlement aurait le pouvoir de licencier le gouverneur de la banque centrale. « La BoJ perdrait de facto son indépendance », commente Raymond Van der Putten, économiste de BNP Paribas. Une condition pourtant nécessaire au maintien de la crédibilité de l’institution, un rempart face aux suspicions de monétisation à outrance de la dette publique susceptibles de provoquer des fuites massives de capitaux.

Autre signe révélateur de l’ambiance délétère qui règne entre les élus, la nomination au comité de politique monétaire de la BoJ du chef économiste de BNP Paribas au Japon, Ryutaro Kono, proposée par le ministère des Finances, a été refusée par la Chambre des conseillers.

Officiellement, la raison principale de ce désaveu est l’opposition manifeste de l’économiste à la mise en œuvre d’une politique monétaire encore plus accommodante. « La croissance de l’économie japonaise demeure en dessous de son potentiel, le yen par rapport au dollar continue d’être fort, tandis qu’en parallèle, la croissance américaine se redresse, épaulée par la Fed qui n’hésite pas à injecter des liquidités dans le système, décrypte James Kwok, responsable gestion devises chez Amundi à Londres. Pour une partie des membres de la Chambre haute, les résultats de la BoJ sont décevants. Son image auprès d’eux est impopulaire. Elle n’agit pas assez et, d’après eux, il faut que cela change. »

Prétexte

Le rejet de la nomination de Ryutaro Kono ne s’explique pas seulement par sa prudence vis-à-vis d’une monétisation systématique et accrue de la dette publique (lire l’encadré). « Son soutien au projet du Premier ministre, Yoshihiko Noda, de faire adopter une réforme du financement de la protection sociale incluant une hausse de la taxe sur la consommation, a été mal vu », précise Raymond Van der Putten.

Ryutaro Kono indique lui-même, dans l’une de ses notes de recherche, que la fronde contre son arrivée à la BoJ illustre « le désir de quelques politiciens japonais de poursuivre une politique économique irréaliste en stimulant les taux de croissance via un assouplissement monétaire agressif », permettant, selon eux, de sécuriser le financement des dépenses de l’Etat « et de repousser les réformes nécessaires ». A tort, selon l’économiste estimant que « leur report est en soi une grande cause de l’affaiblissement de la croissance ». « L’anxiété de voir la dette publique se creuser conduit la population qui travaille à épargner plus et à consommer moins. » En d’autres termes, si elle pouvait, grâce à des réformes crédibles, anticiper pour l’avenir un revenu plus important et sécurisé, sa consommation repartirait.

En outre, « il n’y a pas besoin de liquidités supplémentaires, observe Raymond Van der Putten. Il y en a même trop. Le faible différentiel entre les taux courts et longs des emprunts d’Etat japonais qui en découle restreint les marges des banques qui rechignent à prendre du risque. Elles prêtent donc très peu au secteur privé, ce qui limite leur capacité à investir. »

Quoi qu’il en soit, la BoJ a semble-t-il cédé à la pression des parlementaires. Le 27 avril, elle a de nouveau annoncé un assouplissement quantitatif supplémentaire significatif, voté à l’unanimité des sept membres en poste du comité de politique monétaire (deux étant vacants actuellement). L’extension du programme comprend des achats d’actifs risqués et de JGB d’une maturité pouvant être étendue à 3 ans (contre 2 ans auparavant). Le gouverneur de la banque centrale, Masaaki Shirakawa, dont le mandat s’achève en avril 2013, ainsi que ceux des deux gouverneurs adjoints, a dû estimer qu’il fallait jouer la carte de l’apaisement.

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