L’avis de... Garry Schinasi, chercheur associé au think-tank Bruegel

« L’identification des SIFIs* ne remplace pas de bons contrôles sur place »

le 02/06/2011 L'AGEFI Hebdo

Comment identifier les établissements financiers d’importance systémique ?

Plusieurs facteurs peuvent rendre un établissement systémique : sa taille par rapport à l’économie, à des marchés clés ou à d’autres établissements similaires ; le champ de ses activités (par exemple, si c’est une banque qui ne fait que du crédit ou qui a d’autres activités) ; la complexité de son modèle économique, de son organisation et de ses activités à risque ; son opacité ; son interconnexion avec d’autres établissements financiers, marchés et infrastructures; et sa non-substituabilité. L’environnement macroéconomique et financier doit aussi entrer en ligne de compte. Tous ces critères doivent être utilisés ensemble. Lehman Brothers, par exemple, avait une taille moyenne mais était interconnectée d’une telle manière qu’il était systémique. Une institution financière peut être de petite taille, mais si elle est le plus gros assureur d’obligations d’entreprises, elle est systémique. Les vingt premières banques mondiales le sont sûrement.

Que doivent faire les régulateurs ?

Ils ne doivent pas se contenter de nommer les SIFIs. Cela poserait un problème d’aléa moral. Les marchés les considéreraient comme trop grandes pour faire faillite. Les régulateurs doivent en même temps leur imposer des exigences en capital plus élevées. Cela contraindra les banques à internaliser le coût de leurs activités à risque et à les réduire. Le prix des activités doit refléter leurs risques économiques et sociaux. Les régulateurs doivent aussi améliorer la supervision. L’identification des SIFIs ne remplace pas de bons contrôles sur place. Les produits et les activités doivent être passés à la loupe. AIG assurait des dérivés de crédit mais n’était pas du tout surveillé pour cette activité.

Ces exigences doivent-elles être appliquées pareillement à tous les SIFIs ?

Elles devraient être appliquées à tous les établissements internationaux, qu’ils soient des banques, des assureurs ou des fonds. Sinon, il y a aura de l’arbitrage réglementaire et la finance parallèle se développera. S’il est difficile pour les régulateurs d’identifier les SIFIs, il est encore plus difficile de superviser des marchés comme celui des dérivés OTC (de gré à gré, NDLR), qui reste dans l’ombre. Cela dit, les régulateurs pourraient avoir une marge de discrétion pour évaluer les établissements domestiques, à condition qu’ils soient soumis à un examen par leurs pairs.

*’Systemically important financial institutions’

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