Dossier Marchés de l'énergie

L'idée d'un marché unique de l'électricité se profile

le 08/09/2011 L'AGEFI Hebdo

Le couplage progressif des marchés européens permet de lisser les pics de volatilité sur les prix.

Puits de pétrole dans le Golfe du Mexique. Photo : Susana Gonzales/Bloomberg

Le marché unique de l'électricité en Europe est en marche. Le succès du couplage Centre Ouest Europe, mis en place en novembre 2010, en témoigne », se réjouit Jean-François Conil-Lacoste, directeur général de la Bourse de l'électricité Epex Spot, issue du rapprochement entre les marchés français et allemand en 2008. Depuis dix mois, cinq marchés (France, Allemagne, Pays-Bas, Belgique et Luxembourg) sont interconnectés, c'est-à-dire que l'électricité ne s'arrête plus totalement aux frontières. Autrement dit, les carnets d'ordres sont mutualisés, assurant un meilleur fonctionnement du marché. Une évolution permettant, entre autres, de limiter les pics de volatilité sur les prix. Un élément crucial : contrairement aux autres commodities, l'électricité ne se stocke pas. Les intervenants doivent ajuster au plus près leurs opérations d'achat ou de vente. Des vents forts augmentant la production d'énergie éolienne ou la chute brutale des températures peuvent ainsi se traduire par des pics violents de l'offre ou de la demande, entraînant une volatilité extrême des prix à court terme.

Vers un seul tarif

« Un large territoire de confrontation de l'offre et de la demande permet de fluidifier les échanges et d'écrêter les pics de prix, explique Jean-François Conil-Lacoste. Le couplage Centre Ouest Europe nous a ainsi permis d'assurer un prix unique de l'électricité à 60 % du temps dans la zone depuis sa mise en place. » Car, autre phénomène propre à ce marché, l'électricité se traite chaque jour de l'année, week-ends compris.

Le processus d'intégration n'est pas terminé : la région nordique, aujourd'hui reliée de façon intérimaire à la zone Centre Ouest Europe, devrait être intégrée, suivie, dans un second temps, par le Royaume-Uni, la péninsule ibérique, puis l'Italie. Avec à terme, un objectif de prix unique de l'électricité en Europe et des approvisionnements mieux sécurisés.

En parallèle, un marché unique de l'électricité se profile. Il existe aujourd'hui une quinzaine de Bourses en Europe. Epex Spot est la première d'entre elles, avec 279 TWh (térawatts-heure) échangés en 2010, et probablement 300 TWh cette année. Basée à Paris, cette societas europaea sur le plan juridique est une coentreprise détenue à parité par le français Powernext et l'allemand EEX (lire l'encadré).

« Dans une perspective de long terme, il est possible qu'une interconnexion plus complète des réseaux électriques en Europe aille de pair avec une convergence des Bourses pour créer un marché unique », estime Riccardo Bortolotti, responsable gaz et électricité pour la zone Emea (Europe, Moyen-Orient, Afrique) de BNP Paribas, qui propose à des clients industriels de se couvrir ou de garantir des prix d'approvisionnement sur leur consommation en électricité. Une activité comparable à ce que ces entreprises pratiquent par ailleurs sur des taux d'intérêt ou des taux de change, mais appliquée au coût de l'énergie. « Nous proposons des couvertures sur mesure à nos clients, mieux adaptées à leurs besoins spécifiques que les produits disponibles directement sur les Bourses », précise Riccardo Bortolotti. De son côté, Société Générale a redéployé en interne une activité de trading électrique après sa sortie de Gaselys (GDF-Suez) en septembre 2010. « Nos clients sont des producteurs d'électricité, des intermédiaires ou encore des consommateurs électro-intensifs, indique Thierry Daubignard, responsable des activités de marchés énergie Europe et Asie chez SG CIB. Ils sont installés dans toute l'Europe, et nous traitons pour eux sur des sous-jacents en France, en Allemagne et au Royaume-Uni, et bientôt en Belgique, aux Pays-Bas et en Scandinavie. » 

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