PORTRAIT Christophe Roupie, responsable mondial du trading chez Axa Investment Managers et président du Comité stratégique de BondMatch.

L’homme qui voulait faire bouger les marchés obligataires via le programme Cassiopée

le 24/10/2013 L'AGEFI Hebdo

Comment peut-on évoluer d’assistant-photographe au trading fixed income en passant par la production de films ? Forcément en étant ouvert d’esprit et tourné vers les autres, notent plusieurs de ses connaissances. « Une rencontre a très tôt bouleversé ma vision des choses », commence Christophe Roupie, en évoquant ses nombreuses visites d’écolier à Marthe Robin, une mystique catholique, fondatrice des Foyers de Charité, pour qui il ne fallait « regarder ni trop loin en avant, ni trop en arrière, mais toujours en haut ». Il en a retenu cette faculté à prendre du recul sur la vie, à rester « positif ». « Partant de là, rien ne semble impossible », poursuit ce spécialiste de la négociation sur les marchés obligataires.

Une enfance heureuse dans la Drôme - « dans un milieu rural où la météo du lendemain était une préoccupation vitale pour la moisson à venir », un Bac A2 Lettres et philosophie par intérêt pour ces matières, et « très vite l’envie de partir ». Pour aller au devant des autres, serait-on tenté d’ajouter encore. Munich d’abord (en 1985), où il sera notamment « homme de ménage » dans un hôtel de luxe synonyme de rencontres impossibles (avec Bono par exemple). Londres ensuite (en 1986), où il enchaînera « 40 métiers » : livreur à vélo, serveur dans une croissanterie, photographe de mode, gérant de bars à vin (à Soho notamment), producteur de films, etc. « Toujours par des rencontres, et pour des rencontres, très riches et originales, notamment dans le milieu du show-business. » L’une d’elles l’amène en 1993 jusqu’à David Humphreys, alors patron de Tradition Bond Brokers, qui lui propose, « en cinq minutes d’entretien », de débuter rapidement à un desk, sans rien y connaître : « Un challenge, mais je n’ai pas peur des risques, et j’ai une grande confiance en l’autre. » En l’occurrence, quelques clients patients (chez Nomura ou CDC) l’aident à apprendre plus vite ce métier de « vente » sur de nouvelles émissions obligataires. Pour cet autodidacte, l’aventure financière se poursuivra chez Finance Intermédiation à Paris, puis, après un séjour en Australie pour refaire de la photo, chez Refco et ETC Paris.

En 2000, Antoinette Villard lui « vend » l’idée de rejoindre Ixis AM pour réinternaliser l’exécution « fixed income ». « J’avais déjà monté de nombreux projets à partir de rien, conduit des entretiens d’embauche, etc. » Rebelote en 2005, quand Robert Kyprianou l’appelle chez Axa IM pour réorganiser la table (des gérants exécutaient encore eux-mêmes) et créer une structure qui devient TSF (Trading and Securities Financing). « Je n’aurais pu aller ailleurs, j’avais besoin d’une certaine indépendance que j’ai une grande chance de trouver ici, ajoute ce passionné de sport et de vélo, capable de se dépasser pour une épreuve à but caritatif (l’escalade du Mont-Blanc avec Axa IM et Nomura pour l’association Rainbow Trust cette année). J’arrive à un point où j’ai envie de rendre encore plus que ce j’ai reçu. » Au niveau professionnel d'abord, en étant très à l’écoute de ses 60 collaborateurs. Surtout, il essaie de faire bouger les choses comme sur le programme Cassiopée, pour un trading plus efficace, notamment via des plates-formes transparentes, sur les marchés obligataires européens - « l’enjeu est là aussi d’associer des influences très différentes ». Au niveau personnel, cet homme marié et fier père de deux enfants trouve encore le temps d’accompagner des programmes de développement économique durable au Sénégal (dans l’énergie) et au Brésil (dans le logement social). Bien plus qu’il n’en faut pour être décrit, par d’aucuns, comme « très humain ».

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