L’heure des opinions publiques

le 24/02/2011 L'AGEFI Hebdo

Quarante mois après le déclenchement de la crise financière, l’opinion européenne ne doute pas, à considérer leurs résultats, que la page de la crise est tournée pour les grands groupes cotés. Ainsi, par un effet d’optique puissant, les bénéfices des groupes du CAC 40, largement réalisés à l’étranger, sont interprétés en France comme la preuve que la crise n’est plus pour eux qu’une histoire ancienne. Même les banques, qu’une politique monétaire exceptionnelle a aidées à revenir à une profitabilité raisonnable, donnent l’impression d’avoir quitté la passe dangereuse, nourrissant dans le public le sentiment fallacieux d’un retour aux vieilles pratiques. Comme l’attestent les sondages, le malentendu entre les grandes entreprises mondialisées et des opinions aux horizons plus étroits ne se dissipe pas.

L’idée que la crise n’a pas vraiment changé les choses est pourtant fausse. Dans le domaine financier, les réformes engagées ou achevées par le G20 sont déjà impressionnantes. Des sujets aussi cruciaux que le risque systémique global, les normes prudentielles, les paradis fiscaux, les bonus ont reçu des réponses qui entrent en application. D’autres, comme le traitement de la finance parallèle, devraient être traités cette année. Il n’est pas jusqu’aux désaccords transatlantiques sur les normes comptables qui paraissent désormais surmontables. Pour qui examine les comptes des banques, ceux-ci portent déjà la trace des resserrements variés dont leur activité est l’objet. Le rendement des fonds propres a baissé et la situation n’ira pas en s’arrangeant à mesure que les nouvelles normes prudentielles entreront en application et que les banques centrales resserreront la liquidité pour éviter que l’inflation n’échappe à leur contrôle.

Cela, l’opinion publique ne le perçoit guère. Les petits pas du G20 lui paraissent moins comme des avancées assurant l’émergence d’un nouvel ordre économique mondial mieux équilibré que comme des atermoiements sans lendemain ; quant à l’Europe, ses innombrables rendez-vous et ses palabres interminables font oublier la maturation très rapide des esprits au plus haut niveau, y compris en Allemagne, que la crise de la dette souveraine a déclenchée et qui pourrait, fin mars, déboucher sur une pratique des institutions profondément révisée (lire L’Evénement).

Tenues à distance par la nature effroyablement technique des débats en cours, et confrontées à un chômage tenace, les opinions publiques valideront-elles ces avancées ? L’Irlande connaîtra la réponse dans quelques jours, avant l’Allemagne tout au long de 2011, puis d’autres, comme la France l’an prochain. Ces verdicts populaires pourraient remettre en cause tant de certitudes qu’on s’étonne que les pouvoirs publics fassent si peu pour promouvoir un bilan loin d’être aussi mauvais que celui sur lequel les démagogues de tous poils tentent de restaurer leur douteux fonds de commerce.

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