L’exécutif et le Congrès escamotent la falaise budgétaire américaine

le 10/01/2013 L'AGEFI Hebdo

Les dates butoirs s’accumulent : le relèvement du plafond de la dette et les coupes dans les dépenses seront négociés fin février.

Avec le dédoublement de la falaise budgétaire (

fiscal cliff), la Maison-Blanche et le Congrès ont réécrit le scénario à la toute dernière minute : un compromis à l’arraché a été adopté le 1er janvier sur le volet fiscal (hausses de taxes), mais les discussions sur le volet budget (coupes automatiques dans les dépenses prévues entre 90 et 120 milliards sur 2013, 1.200 milliards sur dix ans) ont été reportées de deux mois. Fin février sera aussi une date butoir pour les républicains et les démocrates qui devront accorder leurs violons pour relever le plafond de la dette publique (fixé à 16.394 milliards de dollars depuis l’été 2011 et la perte du « AAA » de Standard & Poor’s). Dans ce contexte, le bon accueil réservé par les marchés à cet accord bouclé dans l’urgence, ramenant la brutalité d’un ajustement budgétaire de quelque 600 milliards de dollars (4 % du PIB) - et donc d’une récession - à 200 milliards (si les coupes sont votées en février), s’apparente surtout à un soupir de soulagement. Quant au plafond de la dette, il est déjà atteint, a indiqué le 31 décembre le Trésor qui a fait les fonds de tiroir pour trouver 200 milliards de trésorerie et tenir deux mois. Par les temps qui courent, la dette publique des Etats-Unis augmente en effet chaque mois d’une centaine de milliards de dollars.

Espoirs et inquiétudes

La simultanéité des débats sur les coupes dans les dépenses et le relèvement du plafond suscitent autant d’espoirs que d’inquiétudes chez les économistes, car elle va multiplier les possibilités de concession et de compromis, mais aussi les palabres.

Dans l’immédiat, seuls les foyers fiscaux aux revenus de plus de 450.000 dollars (pour un couple) se voient supprimer les Bush tax cuts avec un taux marginal passant de 35 % à 39,6 % (L’Agefi Hebdo du 15 novembre 2012). Une décision paradoxale puisque d’un côté, Barack Obama rend permanentes les baisses d’impôts de l’ère Bush, - à l’origine temporaires -, pour 97 % de la population. De l’autre, cela faisait plus de vingt ans que les républicains n’avaient pas voté une hausse d’impôt.

« Le dispositif le plus pénalisant pour l’activité économique est l’arrivée à expiration de la baisse de la taxe sur les salaires instaurée en 2011 pour contrer la crise économique, explique Jean-Louis Mourier, économiste à Aurel BGC. Ce sera un choc pour le revenu des ménages. » La taxe repasse de 4,2 % à 6,2 % et grèvera le pouvoir d’achat des consommateurs américains de 90 à 120 milliards de dollars cette année, selon les différents calculs des économistes, soit au bas mot 0,5 % de PIB. Pour les autres dispositifs (y compris les coupes dans les dépenses qui doivent être négociées pour 0,5 % du PIB), tout dépend du multiplicateur budgétaire retenu. Concrètement, la purge représente de 1 à 1,5 point de PIB, soit un peu moins que prévu par les économistes. Beaucoup d’entre eux ont revu en légère hausse leurs prévisions de croissance du PIB pour l’année, autour de 2 % (la fourchette va de 1,5 % pour Credit Suisse à 2,2 % pour Société Générale ; le gouvernement reste pour sa part calé sur 2,7 %). Le taux de chômage devrait arrêter de diminuer et se maintenir autour de 7,5 %. « Il ne devrait pas y avoir de rebond de l’investissement des entreprises qui avaient gelé leurs projets dans l’attente de l’échéance du 'fiscal cliff', explique Jean-Louis Mourier. Tant que les négociations se prolongeront, l’attentisme se poursuivra. » Note positive, les deux secteurs clés de l’économie que sont l’immobilier et l’automobile, durement touchés par la crise du crédit, ont retrouvé des couleurs et devraient tirer l’activité.

Les péripéties de la fin 2012 en disent long sur les difficultés à venir. Le compromis républicains-démocrates est de très court terme et ne regarde pas au-delà de 2013. Tout reste à faire concernant la réforme budgétaire à mettre en œuvre à moyen-long terme pour contenir les déficits. Pour Standard & Poor’s, « l’accord fait peu pour ramener les finances publiques à moyen terme sur une trajectoire plus soutenable ». La note « AA- » avec perspective négative ne sera pas modifiée. Un accord insuffisant pour préserver le « Aaa », considère Moody’s qui demande « l’adoption de nouvelles mesures budgétaires au cours des mois à venir ». mais réduire le déficit budgétaire (7 % du PIB) sans affecter la croissance économique nécessite un doigté éloigné des joutes politiques à connotation idéologique du moment.

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