L’évaluation des progiciels, un enjeu essentiel pour les acteurs de marché

le 22/11/2012 L'AGEFI Hebdo

BFI et sociétés de gestion investissent de plus en plus dans des progiciels spécialisés, des outils qui nécessitent un cahier des charges précis.

Pour industrialiser leur processus de production, les banques de financement et d'investissement (BFI) et les sociétés de gestion investissent de plus en plus dans des progiciels spécialisés dans les marchés financiers. Et à l’heure du choix, la question de l’évaluation de ces outils se pose toujours avec une grande acuité. Car entre les solutions généralistes ou spécialistes (lire l'entretien), l’offre est en effet devenue pléthorique, avec des tickets d’entrée chez les grands acteurs qui peuvent atteindre 10 millions d'euros pour équiper 250 postes. « Dans un tel contexte, il est impératif de bien définir les besoins fonctionnels du métier avant de se pencher sur le choix de l’outil, rappelle en préambule Pierre Auxepaules, senior manager d’Investance, un cabinet de conseil international dédié à l'industrie des services financiers. L’expérience montre en effet que les projets insuffisamment définis en amont et sans gouvernance claire par un sponsor identifié au sein du métier ont toutes les chances de voir les délais et les budgets exploser. »

Lyxor Asset Management, société de gestion de Société Générale, a choisi début 2010 la solution Sophis Value éditée par Misys dans le cadre de la refonte de son système de gestion des fonds pour ses équipes front, middle et risk, « l’objectif étant de rationaliser la plate-forme en place en remplaçant les deux outils développés en interne par un seul progiciel capable de nous accompagner dans les quinze ans à venir », confie Edouard Auché, directeur des opérations de Lyxor AM. Chez CNP Assurances, l’achat du logiciel SimCorp Dimension s’est aussi imposé il y a deux ans. « Le système d'information qui pilotait la gestion des actifs en portefeuille avait 17 ans et la particularité d’être fractionné sur plusieurs plates-formes, se souvient Fabien Evrard, responsable des systèmes d’information actifs de CNP Assurances. Nous avions également un certain nombre d’outils bureautiques pour effectuer des consolidations et des analyses croisées. Résultat : nos stratèges communiquaient leur stratégie de gestion aux 'asset managers' avec un temps de retard devenu incompatible avec les exigences du marché, d’autant plus que le back-office était conçu pour nous donner une vision de nos portefeuilles en fin de mois. »

Quelles fonctionnalités ?

Le cahier des charges transmis aux grands acteurs de la place fixe donc clairement les enjeux en termes de fonctionnalités. Le logiciel retenu devra d’abord être capable de couvrir le middle et le back-office et de s’adapter aux différentes évolutions réglementaires comme Solvabilité II. « Nous voulions également que l’outil établisse à J+1 une position valorisée sur tous nos actifs et sur notre 'cash' », complète Fabien Evrard. Autre contrainte imposée : le logiciel doit faire remonter dans cette position avancée les indicateurs assurantiels qui permettent de vérifier que les provisions respectent bien les exigences normatives à la fois en French Gaap et en IFRS. « Pour ce faire, le progiciel devait être capable d’établir un 'pont' entre une position de gestion au sens 'asset manager' et cette position d’inventaire propre aux assureurs », résume Fabien Evrard.

Dans les projets de cette dimension, les cahiers des charges comportent également un volet technique essentiel. Sur ce point, Edouard Auché et son équipe ont attaché une importance particulière aux technologies utilisées pour développer l’application, à la capacité d'intégration du progiciel dans le système d’information de l'entreprise et à sa faculté à supporter la charge actuelle et à venir. « Nous voulions également une solution avec une base de données unifiée et des outils de monitoring de la production, précise Edouard Auché. L'outil devait aussi être capable de s'interfacer avec nos automates de contrôle, nos serveurs d'habilitation et d'authentification, ainsi qu'avec nos référentiels. »

Le service après-vente constitue un autre point saillant dans la réflexion, comme le confirme Pierre Auxepaules : « Il faut se renseigner sur la fréquence des versions majeures et mineures, comment elles sont documentées, la méthodologie d’‘upgrade’, le support sur le progiciel… Il y a parfois loin entre les promesses formulées en avant-vente et la vérité du terrain. »

Le dernier grand critère qui intervient dans le choix d'un progiciel est bien entendu financier. CNP Assurances a ainsi négocié pendant deux mois avec SimCorp les contenus et les conditions avant de s’engager, mais l’essentiel était ailleurs, dans la capacité opérationnelle de l’outil et sa faculté effective à optimiser la gestion d’actifs. Au-delà du coût financier, il est également conseillé de s'informer sur la pérennité du progiciel, comme le rappelle Pierre Auxepaules : « Il faut s'informer sur la stabilité de l'actionnariat, la rentabilité de l'entreprise, sa stratégie long terme sur le progiciel concerné… Je me souviens d'un client qui, pour des questions de coût, avait choisi un petit éditeur. Quand celui-ci a fait faillite trois ou quatre ans plus tard, il a dû le racheter pour pouvoir continuer à utiliser son logiciel. »

Une sélection naturelle

C’est sur la base de tous ces critères fonctionnels, techniques et financiers que s’effectue en général le choix de l'outil. Pour CNP Assurances, celui-ci s’est fait tout naturellement. « Après avoir rapidement écarté les grands progiciels de type Asset Management et BFI qui n'étaient pas capables d’établir ce fameux 'pont' entre la gestion au sens 'asset manager' et la position d’inventaire propre aux assureurs, nous avons aussi éliminé de la compétition les éditeurs plus spécialisés qui n’avaient pas une force de frappe suffisante pour couvrir l’ensemble de nos actifs et des indicateurs souhaités dans les deux normes », raconte Fabien Evrard. Nous avons retenu finalement SimCorp Dimension car cette solution avait la particularité d’être capable de modéliser tous les instruments. Et pour nous assurer qu'elle pourrait aussi gérer les indicateurs assurantiels et couvrir tous les attendus de l’assurance sur la base d’une position unique, nous avons soumis l’éditeur à plusieurs prototypages. »

Du côté de Lyxor AM, toutes les précautions ont également été prises avant de retenir Sophis Value, comme l’explique Edouard Auché. « Nous avons commencé par effectuer une première étude de marché en envoyant un questionnaire à une dizaine de grands acteurs. Après le dépouillement des réponses, nous avons dressé une liste de trois prestataires. Avec les deux derniers candidats encore en lice à la phase suivante, nous avons organisé des 'workshops' sur des thèmes assez standards comme la modélisation des fonds ou le traitement des opérations. Et avant de signer, nous avons réalisé un pilote avec Sophis Value, la solution qui présentait la meilleure couverture métier et la meilleure intégration du module de gestion des risques. »

Si les processus de décision sont si complexes, c'est parce que les enjeux sont énormes et que la phase d'intégration se révèle en général très longue. Chez CNP Assurances, l'intégration aura nécessité deux ans de labeur. « La plate-forme fonctionne déjà sur la position avancée, tous les actifs ayant déjà été migrés, se félicite Fabien Evrard. Les indicateurs assurantiels sont, eux, encore en phase de préproduction et les algorithmes en cours de fiabilisation. » Si le calendrier est respecté, la vision dynamique des provisions financières est attendue pour la fin du premier trimestre 2013.

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