L’homme clé - Scott Powers, président et directeur général de State Street Global Advisors

« L’Europe va devenir une source importante pour nous »

le 31/10/2013 L'AGEFI Hebdo

Londres, Milan, Paris. Pour sa mini-tournée européenne, courant septembre, Scott Powers, président et directeur général de State Street Global Advisors (SSgA), n’a pas chômé. Au menu : rencontres avec les équipes locales, rendez-vous avec les acteurs de la place, et surtout, grande conférence avec ses clients. A Paris, c’est à la Maison de l’Amérique latine que SSgA a réuni une centaine d’investisseurs institutionnels. « La France est un marché très important pour nous, affirme le patron du numéro trois mondial de la gestion d’actifs, à la tête de SSgA depuis 2008, après avoir dirigé pendant sept ans Old Mutual US. Les équipes d’investissement basées en France gèrent des actifs pour les investisseurs français mais nous avons aussi des gérants de portefeuilles spécialisés dans les actions émergentes, ainsi que des gérants indiciels qui gèrent les actifs d’une clientèle internationale. En outre, une grande partie de notre équipe chargée des solutions d’investissements (Investment Solutions Group) pour l’ensemble de nos clients à travers le monde se trouve également ici à Paris. »

Plus globalement, son passage dans les grandes capitales européennes symbolise l’appétit de conquête de la firme américaine. « L’Europe va devenir une source de croissance importante pour nous », annonce Scott Powers. De fait, si l’Amérique du Nord concentre 65 % de ses 2.200 milliards de dollars d’actifs sous gestion, l’Europe représente 20 % à 25 % de ses encours, le solde provenant de l’Asie-Pacifique. Or « si nous considérons notre cible d’activité dans dix ans, nous voudrions arriver à une répartition à 50/50 entre les Etats-Unis et le reste du monde », avance ce diplômé de Harvard. Nous disposons de 27 bureaux et 9 centres d’investissement dans le monde. Nous avons investi sur le long terme pour être une entreprise d’envergure mondiale ».

Ancrage sur le segment des ETF

Numéro deux mondial des ETF (exchange-traded funds) avec 240 milliards de dollars d’encours, derrière BlackRock, SSgA entend bien pousser les feux dans ce segment en Europe grâce à sa marque SPDR ETF, qui fête ses vingt ans d’existence. « Au cours des dix-huit derniers mois, nous avons lancé près de quinze nouveaux ETF en Europe, souligne Scott Powers. Nous avons été le troisième collecteur en 2012 et nous prenons à nouveau la deuxième place pour l’année 2013. Par ailleurs, nous sommes passés du 13eau 8erang sur le marché des ETF en Europe en termes d’actifs sous gestion. » Pour accroître son ancrage, SSgA compte cibler les intermédiaires : conseillers financiers, banques privées et acteurs de la gestion de patrimoine. Avec trois marchés clés : la France, le Royaume-Uni et l’Italie, « les principaux marchés où la chaîne des intermédiaires présente les meilleures perspectives de croissance à court terme », observe Scott Powers. Afin de se tailler la part du lion, SSgA a d’ores et déjà transféré certains fonds basés en France au Luxembourg et en Irlande pour donner aux conseillers financiers européens un accès plus facile à ses produits. En parallèle, « nous continuons à nous concentrer sur des capacités supplémentaires pour mieux mettre en œuvre notre stratégie de distribution, indique Scott Powers. Notre intention, en particulier sur le marché des intermédiaires, est de continuer à renforcer nos ressources et nos compétences. Nous pouvons développer celles-ci en interne et cela fait partie de notre plan. Mais si l’occasion se présentait d’acquérir une équipe disposant d’un carnet d’affaires, nous l’étudierions. » Si la croissance externe « n’est pas une source prioritaire de croissance pour nous », selon Scott Powers qui rappelle que SSgA n’a réalisé qu’une seule opération de ce type en dix ans, à savoir la reprise de Bank of Ireland Asset Management en 2010, « nous sommes peut-être un peu plus ambitieux aujourd’hui en termes d’acquisitions, reconnaît-il. Nous nous intéressons aux petites transactions qui n’auraient pas un impact majeur mais qui constituent un bon moyen d’ajouter des compétences dans les domaines que nous ne pensons pas pouvoir développer en interne dans des délais raisonnables. Nous cherchons par exemple à accroître nos capacités en gestion active dans le domaine de la dette émergente. »

En attendant de trouver la perle rare, SSgA souhaite accélérer son développement dans les pays émergents. Fin juillet, la société de gestion a ainsi constitué une coentreprise en Chine avec Zhongrong International Trust, alors qu’elle dispose déjà d’un bureau à Hong Kong. Objectif : créer des capacités de gestion locales pour les investisseurs particuliers et institutionnels. « C’est une start-up et il lui faudra du temps pour s’établir sur le marché mais nous pensons qu’elle nous donnera un avantage compétitif dans les années à venir en termes d’expertise du marché local », estime-t-il. Pleinement satisfait de son maillage géographique, la firme reste toutefois à l’affût en Amérique latine, région où elle ne dispose pas encore de bureaux. « Si vous regardez les projections de croissance et de démographie, cette région est la prochaine étape évidente de développement, affirme Scott Powers. Nous ferons une analyse marché par marché mais nous n’avons pas arrêté un horizon de temps. »

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