L’Europe reste engluée dans une récession douce

le 12/04/2012 L'AGEFI Hebdo

Plus que jamais, la zone euro est scindée en deux : croissance molle au nord et franche contraction du PIB au sud.

L’amélioration remarquée du climat des affaires en Europe (PMI Markit, Commission européenne, IFO...) en ce début 2012 n’aura été qu’un feu de paille. Elle n’aura pas duré plus longtemps que le retour de la confiance chez les investisseurs et l’embellie des marchés d’actions et d’obligations, une parenthèse due aux deux opérations de refinancement à long terme (LTRO 3 ans) menées par la Banque centrale européenne.

D’ailleurs, les conjoncturistes n’ont pas jugé nécessaire (ou n’ont pas eu le temps) de modifier leur scénario établi à la sortie de l’été 2011. A juste titre. La dernière batterie d’indicateurs avancés qui viennent d’être publiés a remis les pendules à l’heure. Notamment, le PMI Markit dont l’indice composite s’est établi à 49,1 en mars, au plus bas de ces trois derniers mois et surtout en dessous du seuil des 50 points qui sépare expansion et contraction de l’économie. En fait, explique Chris Williamson, chef économiste de Markit, « le repli de l’économie a été continu depuis septembre. Bien que ralentissant par rapport au dernier trimestre 2011, la contraction de l’activité au premier trimestre 2012 n’en demeure pas moins synonyme d’une nouvelle phase de récession technique ». Une récession technique est entendue comme deux trimestres consécutifs d’évolution négative du PIB. Or ce dernier s’est déjà contracté de 0,3 % en zone euro au denier trimestre de 2011.

Les enquêtes publiées par la Commission européenne ou encore les indicateurs avancés de l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques) « confirment le scénario d’une récession modérée en zone euro, de courte durée, suivie de ce qu’il convient d’appeler une croissance molle » indique Jean-Louis Mourier, économiste d’Aurel BGC. La déception des indicateurs de mars recèle toutefois une bonne nouvelle, l’arrêt de la dégradation au Portugal et en Grèce, évidemment à un niveau très bas ».

Contraction généralisée

Les mêmes indicateurs confirment un autre développement en cours : une Europe à deux vitesses avec l’accentuation des écarts entre les pays du sud et ceux du nord. Tout en constatant la contraction généralisée de l’activité en zone euro, Jean-Michel Six, chef économiste Europe de Standard & Poor’s, souligne la dichotomie entre l’Allemagne, la France et les Pays-Bas qui ont retrouvé les niveaux de PIB qui étaient les leurs en 2007, et par contraste, les niveaux d’activité en Italie, en Espagne et au Portugal qui sont encore loin derrière leurs performances de 2007. Pour l’économiste, il n’existe pas « de voie rapide pour sortir de la récession ». « Nous projetons une croissance du PIB léthargique en Allemagne, en France, les économies du nord de la zone euro, de même qu’au Royaume-Uni. En revanche, en Italie et en Espagne, la cure d’austérité budgétaire et le manque de tonus de la demande privée entraîneront une récession », appelée à se prolonger en 2013 dans le cas espagnol. Ce scénario de récession douce implique que les consommateurs, particulièrement français et allemands, ne réduisent pas outre mesure leurs dépenses, prévient S&P. Dans le cas contraire, la récession sera plus sévère.

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