Pierre-Ignace Bernard, directeur associé en charge de la "practice asset management" en Europe chez McKinsey

« L’Europe n’est pas l’eldorado que certains imaginaient pour les ETF »

le 13/02/2014 L'AGEFI Hebdo

Le marché européen des ETF tient-il ses promesses ?

Comparés aux autres pans de l’industrie de la gestion d’actifs, les ETF ont affiché une collecte nette positive continue au cours des dernières années. Toutefois, depuis trois ans, le niveau des souscriptions s’effrite. C’est une déception pour les nombreux acteurs, notamment bancaires, qui se sont lancés sur ce segment pensant y trouver un marché en croissance exponentielle. L’Europe n’est finalement pas l’eldorado que certains imaginaient en matière d’ETF. Le problème est que l’on a cru que l’Europe pourrait montrer le même profil de croissance que les Etats-Unis sur cette catégorie de produits. Or ces deux marchés sont structurés différemment.

Cela signifie-t-il qu'il est voué à plafonner ?

Non. Il existe tout de même une vraie marge de progression. Nous anticipons une croissance annuelle de 10 % à 16 % des actifs au cours des cinq prochaines années. Les ETF sont loin de leur potentiel en termes de pénétration auprès des investisseurs. Ces derniers sont encore nombreux à ne pas les utiliser car ils ne sont pas totalement rassurés par le produit. Il y a un important travail d’éducation à faire pour expliquer l’intérêt des ETF dans leur allocation. Et nous pensons que le potentiel de croissance du marché ne se trouve pas uniquement dans de nouvelles stratégies innovantes mais encore dans les produits répliquant les grands indices.

Deux opérations de rachat viennent d’être annoncées coup sur coup. Une telle consolidation semble inévitable dans

ce contexte de marché…

En effet. A un rythme de croissance moins important s’ajoute une forte polarisation du marché. Un acteur, iShares, détient plus de 50 %. Les quatre suivants, 30 %. Et les quarante autres promoteurs présents sur le Vieux Continent, les 20 % restant. Ce n’est pas une situation d’équilibre. C’est un marché qui réclame une taille critique pour être rentable. Celle-ci est de l’ordre de 10 milliards de dollars d’actifs même si elle dépend du modèle économique et du niveau des dépenses marketing. Mais nous pensons que cette consolidation sera plus lente qu’anticipé. De fait, avant de jeter l’éponge, ceux qui se sont lancés dans l’aventure vont essayer de profiter de la croissance du marché pour mieux se vendre. D’autres, faisant partie de grandes institutions, profitent de la demande interne qui leur offre la masse critique pour poursuivre cette activité, d’autant qu’ils maîtrisent le risque opérationnel.

Cette consolidation annonce-t-elle un marché toujours plus concentré ?

Pas nécessairement. Le marché des ETF n’a pas de raison fondamentale de se trouver en situation de quasi-monopole, car les barrières à l’entrée y sont relativement faibles. De plus, les plus grands investisseurs vont chercher à diversifier leur risque opérationnel en répartissant leur portefeuille d’ETF entre plusieurs gérants. A terme, ce marché devrait ressembler davantage à un oligopole, avec une poignée de promoteurs importants, quelques challengers et des acteurs de niche.

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