L'invité de L'Agefi - Mark Wiedman, managing director, directeur monde d’iShares (cersion intégrale)

« L’Europe connaîtra la croissance la plus rapide pour les ETF »

le 13/06/2013 L'AGEFI Hebdo

L'Agefi Hebdo - Le marché des ETF connaît une croissance rapide à travers le monde. Comment expliquer un tel engouement ?

Mark Wiedman - Pour plus de transparence et de clarification, nous préférons parler d’ETP (exchange-traded products) qui regroupent non seulement les ETF (exchange-traded funds) mais aussi les ETC (exchange-traded commodities) et les ETN (exchange-traded notes).

Nous remarquons que les investisseurs sortent des stratégies actives long-only pour emprunter deux directions : d’un côté, ils s’orientent vers les stratégies à alpha très élevé dites «high octane» (telles que les hedge funds ou le private equity) et, à l’opposé, vers des stratégies de beta efficient. Ce mouvement a été latent de nombreuses années mais depuis le début de la crise financière en 2007/2008, il s’est accentué. Avec la chute des marchés, les investisseurs ont commencé à se demander pourquoi payer des frais de gestion alors qu’ils ne percevaient plus d’alpha. Ce fut le premier facteur de croissance du marché des ETP. Il est certain que la majorité des fonds investis par l’industrie est encore entre deux et est toujours investie dans des stratégies de gestion active long-only. Toutefois, le mouvement bidirectionnel va s’accentuer. Nous voyons qu’environ 1% des encours migrent chaque année.

Les ETP gagnent aussi du terrain car ce sont des produits liquides et simples. Il est souvent plus facile d’acheter un ETP que son sous-jacent directement. Ils offrent une valorisation quotidienne. Il n’est donc pas surprenant que le marché des ETP affiche aujourd’hui plus de 2.000 milliards de dollars d’encours contre 700 milliards en 2009.

Existe-t-il une limite à cette croissance ?

Les fonds communs de placement actifs ne sont pas les seuls concurrents des ETF. Ils doivent aussi faire face à la concurrence des produits dérivés, des titres en direct et des fonds indiciels. Les futures et les dérivés de crédit sont d’importants concurrents. Ces derniers offrent une exposition large au marché. Les dérivés apportent un risque opérationnel, une complexification dans leur utilisation et nécessitent par ailleurs l’intervention d’une banque d’investissement. Au contraire, les ETF sont, eux, beaucoup plus simples à acquérir et ne présentent pas de risque opérationnel.

Où voyez-vous la croissance du marché dans les années qui viennent ?

L’Europe sera sans aucun doute la zone qui connaîtra la croissance la plus rapide. Il y a de nombreuses raisons à cela. La première réside dans les opportunités offertes par le marché des particuliers (retail). Aux Etats-Unis, le marché des ETF se répartit de manière égale entre les investisseurs institutionnels et les clients retail. Je ne vois aucune raison à ce que le marché des particuliers en Europe, actuellement à 10%, ne grossisse pas, en particulier dans le contexte actuel d’une évolution de la réglementation. L’Europe est en effet en train de passer d’un modèle basé sur les rétrocessions à un modèle basé sur des honoraires. C’est déjà complètement le cas au Royaume-Uni avec la mise en place de la «retail distribution review» (RDR) : en effet, depuis le 1er janvier, les rétrocessions ne sont plus autorisées pour les conseillers en gestion de patrimoine indépendants. Le Royaume-Uni expérimente cette réforme et le monde entier observe. L’industrie financière a ressenti comme une onde de choc avec la mise en place de cette réforme, mais elle devrait ouvrir un nouveau marché aux ETF (en raison de leurs frais peu élevés, les ETF ne peuvent offrir des rétrocessions aux conseillers en gestion de patrimoine). Les Pays-Bas et l’Allemagne sont déjà également en train d’adopter ce modèle. En Suisse, la Cour suprême a banni depuis octobre les rétrocessions sur la gestion sous mandat. Tous ces facteurs devraient contribuer au développement du marché retail vers les ETF. La réglementation est «notre amie» et ouvre des marchés auxquels les ETF ne peuvent avoir accès aujourd’hui. Cela ne se fera pas du jour au lendemain bien sûr, mais cela se produira. Des produits d’allocation d’actifs incluant des ETF font déjà leur apparition, comme ceux offerts par Deutsche Bank ou UniCredit.

Dans une logique de soutien aux marchés des ETP, nous venons d’annoncer des projets de réforme du traitement et du règlement des opérations des ETF réalisées dans toute l'Europe. Nous lancerons d’ici à la fin de l’année le premier ETF iShares ayant la forme d'un titre international. Ce partenariat avec Euroclear Bank vise à faciliter le développement du marché européen des ETF et à accroître sa liquidité en simplifiant la structure de l'émission et l'environnement post-trade.

Qu’en est-il de l’Asie ou de l’Amérique latine ?

Ces marchés sont très institutionnels et devraient le rester pour un moment. En raison de leur modèle basé sur les rétrocessions, nous ne prévoyons pas de croissance sur le marché retail.

Qu’en est-il du marché des institutionnels ?

Même si le marché retail est l'avenir de l’Europe, le marché institutionnel va continuer à y croître. A l’heure actuelle, la plus grande entrave à la croissance est le manque de transparence dans le marché. Les ETP en Europe sont majoritairement des produits OTC (de gré à gré, NDLR) et leurs transactions ne sont pas toujours déclarées. Egalement, quand les ETP sont échangés sur une plate-forme, ils le sont de multiples manières, dans des pays différents. Il n’y a donc pas une seule place de reporting. Ces deux facteurs expliquent pourquoi les investisseurs ne peuvent pas voir la liquidité du marché et restent prudents. Nous pensons que la directive MIF 2 apportera plus de transparence et résultera donc en une croissance du marché des ETP pour les investisseurs institutionnels. Les perspectives macroéconomiques sont notre préoccupation première en Europe. Elles incitent les investisseurs à garder d’importantes réserves de liquidités. Nous prévoyons néanmoins que le marché des ETP européens devrait atteindre 900 milliards d’euros d’encours sous gestion d’ici à 2017.

L’obligataire est-il un domaine de développement pour les ETF ?

Pour les investisseurs, ETF riment avec actions et ils ne pensent pas qu’ils peuvent les utiliser sur le marché obligataire. Mais il y a un grand potentiel de croissance pour les ETF. Le marché obligataire représente 100.000 milliards de dollars à travers le monde et seulement 0,3% sont des ETF. Il y a donc ici un important potentiel. En particulier parce que les ETF offrent une proposition de qualité aux marchés obligataires qui sont devenus profondément illiquides depuis 2008. Du fait que les banques, sous la pression de Bâle 3, réduisent leurs bilans, il y a un faible niveau de stock. La fragmentation du marché empêche également les investisseurs d’avoir accès aux marchés obligataires. Les spreads entre l’offre et la demande n’ont de ce fait jamais été à ces niveaux.

D’un autre côté, les ETF obligataires peuvent être échangés à des spreads bid/ask bas et apportent de la liquidité et une simplicité opérationnelle. Le seul inconvénient est que les frais de gestion peuvent atteindre 50 points de base. C’est le prix de la liquidité. Nous commençons à voir des clients allouer leurs investissements obligataires en ETF dans leur portefeuille qui peuvent être vendus beaucoup plus facilement.

Est-ce que la guerre entre les fournisseurs d’ETF physiques et synthétiques est finie ?

C’est de l’histoire ancienne. Il y a de la place pour tous les acteurs de qualité sur ce marché.

Le marché montre une préférence pour les produits physiques mais seulement lorsque cela est possible. Certains marchés ne permettent que la réplication synthétique comme pour les matières premières ou pour certains pays émergents où il n’y a pas de liquidité.

Attendez-vous davantage de concentration dans cette industrie ?

Il y a 43 fournisseurs d’ETF en Europe et plus d’ETP ici qu’outre-Atlantique. La plupart ne sont pas viables. C’est une question d’échelle : nous avons besoin de frais bas et d’une forte liquidité. Le nombre de fournisseurs d’ETF est destiné à s’amoindrir. Cela ne signifie pas que le nombre d’acteurs ne va pas augmenter à l’avenir, particulièrement ceux qui misent sur l’innovation. Actuellement, le marché, aux Etats-Unis comme en Europe, est aux mains de trois acteurs.

Certains fournisseurs d’ETP revoient les termes de leurs relations avec les fournisseurs d’indices. Quelle en est est la raison ?

Il y a dix ans, les fournisseurs d’ETP avaient besoin des fournisseurs d’indices pour une question de crédibilité et pour combler leur manque de notoriété. A présent, la situation a changé.

Evidemment, certains indices apportent beaucoup de valeur et ont besoin d’être reconnus, comme le DAX, le FTSE, le S&P 500, le MSCI… Ainsi, les produits porteront toujours leurs noms.

Mais d’autres ne sont pas indispensables. C’est pourquoi il n’est pas surprenant que les fournisseurs d’ETP renégocient leurs partenariats avec les fabricants d’indices, et les frais.

Quelle est la valeur ajoutée du gérant passif ?

La gestion passive est plus compliquée qu’il n’y paraît. Le gérant passif vous donne accès à un marché efficace, liquide et transparent.

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