L’Europe attend Obama II

le 15/11/2012 L'AGEFI Hebdo

Avant de l’être dans les urnes, Barack Obama était déjà réélu, haut la main, dans les têtes européennes. Ce n’est pas que, de ce côté-ci de l’Atlantique, on ait particulièrement à se louer de son premier mandat, mais la comparaison avec son adversaire ne laissait aucun doute sur l’avantage relatif de le voir reconduit dans ses fonctions. Sur les nombreux sujets d’intérêt communs, les attentes européennes sont toujours fortes même si l’espoir n’est pas toujours permis. Citons-en trois.

Nul ne peut ignorer d’abord le formidable défi budgétaire qu’il lui appartient aujourd’hui de relever (lire L’Evénement). C’est de 5 points de PIB que les Etats-Unis pourraient se priver d’un coup faute d’accord sur la « falaise fiscale » qui n’est plus qu’à quelques semaines de distance. Le saut est si impressionnant qu’il concerne le monde entier, l’Europe en première ligne. Les conditions politiques ne sont, dans les chiffres en tout cas, ni meilleures ni pires qu’avant le scrutin, mais Barack Obama pourrait profiter de la dynamique de sa réélection pour forcer un accord rapide, à condition de faire siennes sans plus tarder les conclusions de la commission bipartisane Bowles-Simpson qu’il avait lui-même créée. La tentation est sans doute forte de reporter le problème de quelques mois, si forte que nombre d’analystes tiennent l’hypothèse pour acquise. Mais perdre du temps au risque d’affaiblir sa main politique et d’inquiéter les marchés financiers serait déraisonnable pour un homme dont la tâche historique est de quitter la Maison-Blanche en ayant remis l’Amérique sur la voie de la guérison budgétaire.

Peut-être aussi peut-on espérer que Barack Obama se souviendra que l’Europe demeure sa plus sûre alliée même si elle a découvert qu’elle n’était sans doute pas sa plus proche amie. Un accord commercial avec l’Union serait un signal très opportun que des avancées concrètes sont encore possibles entre ces deux grands partenaires. Comme toujours, les intérêts particuliers à surmonter pour parvenir au but seront nombreux et puissants, d’ailleurs revigorés par un discours politique volontiers populiste sur le terrain des échanges. Un signal fort venant des Etats-Unis sur ce sujet n’en serait que plus apprécié.

En matière financière en revanche, il est clair que l’Europe n’a rien à espérer d’autre des Etats-Unis qu’une coopération étroitement bornée à quelques domaines techniques. Pour qui en doute, il suffit de constater qu’à peine le président réélu, sa promesse au G20 d’appliquer aux Etats-Unis les normes de Bâle III dans les temps a été bafouée à l’initiative des régulateurs, dans une logique semblable à celle qui maintient la divergence transatlantique dans le domaine comptable, année après année. Aujourd’hui comme hier, l’Amérique ne jouera dans ce champ que ses propres règles du jeu et nulle autre.

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