L'Europe absente des élections allemandes

le 29/08/2013 L'AGEFI Hebdo

Les programmes de la CDU et dule SPD montrent peu de divergence sur la gestion de la crise en zone euro.

L’avance du parti d’Angela Merkel ne lui suffira pas pour espérer gouverner seule. Krisztian Bocsi/Bloomberg

Le 22 septembre prochain, les électeurs allemands renouvelleront le Bundestag. L'Union chrétienne démocrate (CDU), le parti de la chancelière Angela Merkel, a de grandes chances de sortir vainqueur de ces élections. La CDU et sa sœur bavaroise l’Union sociale chrétienne (CSU) caracolent en tête des sondages avec 40 % des intentions de vote, loin devant le Parti social-démocrate (SPD) qui recueille entre 23 et 26 %.

Toutefois, l’avance du parti d’Angela Merkel ne suffira pas pour espérer gouverner seule. Le partenaire privilégié de la CDU est le Parti libéral-

démocrate (FDP), déjà membre de la coalition actuelle. Mais le FDP a chuté dans les sondages qui le créditent d’à peine 5 % des intentions de vote, soit le seuil minimum pour pouvoir entrer au Parlement. « Je suis consciente que l’issue des élections sera très, très serré », explique la chancelière. Pragmatique, Angela Merkel s’est préservée une porte de sortie. A défaut d’une poursuite de l’actuelle coalition avec les libéraux elle n’exclut pas une réédition de la Grande coalition entre CDU-CSU et SPD, qui a gouverné le pays entre 2005 et 2009. Dans un entretien au Frankfurter Allgemeine Zeitung, Angela Merkel a reconnu que « personne, ni à droite, ni à gauche, ne veut une Grande coalition, mais je serais malhonnête si j’excluais un tel scénario dès à présent. »

Pour les économistes de Deutsche Bank et d’autres groupes financiers comme l’assureur Allianz, ce serait le scénario idéal. Ils estiment qu’il serait plus facile d’affronter en commun les défis de la construction européenne ainsi que les problèmes nationaux comme la transition énergétique et la modernisation des infrastructures, que d’agir dans le cadre d’une simple alliance entre CDU-CSU et FDP.

Mais PeerSteinbrück, le candidat du SPD, y est hostile, justifiant son refus d’une Grande coalition avec le mauvais résultat lors des dernières élections de 2009 quand le SPD, perdant des millions d’électeurs et une partie de son identité, n’avait obtenu que 23 % des suffrages. Le candidat du SPD s’oppose aussi à une alliance avec Die Linke, le successeur du Parti communiste est-allemand crédité de 8 % des intentions de vote. Le SPD et ses alliés, les Verts (13 % des votes attendus), se méfient du passé communiste de ce parti qui prône la nationalisation des banques et la suppression de l’OTAN. Quant au nouveau parti Alternative für Deutschland (AfD) qui plaide en faveur d’une dissolution de la zone euro, son score dans les sondages ne lui permet pas d'envisager de faire son entrée au Bundestag.

Rigueur budgétaire

Concernant l’Europe, le programme des grands partis en lice n’offre guère de divergences. SPD et CDU plaident pour une poursuite de la rigueur budgétaire et d’une stratégie du donnant-donnant. Tout en soulignant leur « solidarité avec nos voisins », ils demandent en contrepartie des réformes structurelles dans les pays en difficulté. « Que ce soit la CDU ou le SPD une union de la dette ou une union de transferts sont inenvisageables à l’heure actuelle », estiment les analystes du Crédit Agricole. Dans son manifeste électoral la CDU rappelle explicitement son hostilité à l’introduction d’eurobonds et à toute autre dispositif de mutualisation des dettes.

Le SPD s’affiche un peu plus souple quant à la mutualisation des risques et plaide pour la création d’un Fonds d’amortissement de la dette. Mais le bénéfice d’un tel fonds serait réservé aux pays engageant des réformes structurelles et disposant d’un contrôle strict de leurs dépenses. Il en va de même de la question de l’Union bancaire. CDU et SPD y sont favorables mais rejettent l’idée d’un mécanisme commun de garantie des dépôts.

Sujets étouffés

Curieusement, les questions liées à la construction européenne ne jouent aucun rôle dans la campagne.

« On a l’impression que tous les sujets qui fâchent sur l’Europe sont systématiquement étouffées avant l’échéance électorale », estiment les analystes du groupe de recherche allemand Fairesearch. Les débats tournent autour des questions de politique intérieure, comme l’introduction d’un salaire minimum pour tous, proposé à 8,50 euro l’heure ou la question du relèvement ou non des impôts. La fiscalité est le seul terrain où de vrais clivages subsistent entre la gauche et la droite. Alors que la CDU ne prône aucun alourdissement, le SPD et les Verts sont en faveur d’une progressivité accrue de l’impôt sur le revenu, avec une remontée du taux de 42 % à 49% pour les revenus supérieurs à 100.000 euros pour le SPD. Les revenus sur le capital seraient eux aussi davantage taxés. 

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