L’euro-dollar peu sensible au contexte économique perturbé

le 08/12/2011 L'AGEFI Hebdo

Les achats des banques centrales et la réduction des activités de financement des banques hors d’Europe soutiennent la monnaie unique.

Rien n’y fait : ni l’entrée en récession de la zone euro, ni les secousses sur les marchés de dettes souveraines. L’euro-dollar reste imperturbable, comme quasiment déconnecté de son environnement et des turbulences.

L’euro n’a cédé qu’une dizaine de centimes (voir le graphique) depuis la fin août ; un repli timide sans commune mesure avec les écarts de conjoncture qui apparaissent de chaque côté de l’Atlantique et les baisses annoncées du taux directeur de la Banque centrale européenne (BCE). Mieux, par rapport à la parité établie lors de son lancement (autour de 1,15), la monnaie unique se situe à un niveau élevé contre le billet vert. L’euro serait-il « fort » des faiblesses de la zone euro ? La question laisse perplexes les économistes.

Depuis l’été, les économies européennes sont sous la menace d’une récession alors même que l’économie américaine semble pouvoir y échapper. C’est depuis cet été aussi que la crise des dettes souveraines européennes s’est brutalement aggravée avec la contagion à la dette italienne et une hausse des rendements sur tous les titres de la zone, y compris celui du Bund. Les investisseurs non résidents se délestent de leurs portefeuilles de titres publics européens, parfois de manière radicale. Tout en ayant perdu son « AAA » en août (dégradation de Standard & Poor’s), le rendement du T-Note américain s’est au contraire stabilisé autour de 2 %, démontrant son rôle de valeur refuge et sa capacité à capter les flux de capitaux.

Rachats de couvertures

« On a du mal à percevoir les flux de capitaux, reconnaît Brigitte Le Bris, directeur taux internationaux & devises de Natixis Asset Management. La balance des comptes courants de la zone euro est quasiment à l’équilibre. Les investissements directs étrangers deviennent, en net, légèrement positifs. Les entreprises étrangères investissent actuellement plus en Europe que les entreprises européennes ne le font hors de la zone. » Pour la responsable de Natixis AM, deux autres phénomènes jouent pour empêcher une baisse de la monnaie unique contre dollar. Tout d’abord, les banques centrales continuent d’acheter de l’euro pour diversifier leurs réserves de change et ne pas y laisser croître le poids du billet vert. Ensuite, depuis 2008, les sociétés de gestion américaines couvrent leurs investissements en actions européennes. A mesure que les Bourses baissent, elles doivent racheter leurs couvertures. « Mis bout à bout,ces flux favorables à l’euro fournissent une explication au maintien du taux de change entre 1,30 et 1,40 », explique Brigitte Le Bris.

« Les banques centrales, notamment asiatiques, achètent de l’euro depuis maintenant deux ans. Elles considèrent un taux de change de 1,30 comme un point bas, d’où des flux acheteurs de l’euro autour de ce niveau », confirme David Deddouche, stratégiste change chez Société Générale CIB. « Le ‘deleveraging’ des banques européennes, l’amaigrissement de leurs bilans, se réalise en ce moment par d’importantes ventes d’actifs en dollars », ajoute l’économiste. Les banques européennes font des choix stratégiques pour alléger leurs bilans et certaines optent pour la sortie massive d’activités financées en dollars comme le financement des marchés de matières premières ou le shipping (financement d’actifs de transport maritime). D’où un repli sur l’euro.

Au bout du compte, les fondamentaux habituels du marché des changes que sont les balances commerciales ou les écarts de taux directeurs vont-ils reprendre le dessus ? Cela irait dans le sens d’une appréciation du dollar contre l’euro. Les stratégistes changes de Morgan Stanley en sont convaincus. En tablant sur une baisse du taux refi de la BCE à 0,50 %, le maintien du statut du dollar comme devise de réserve mondiale et une réduction des engagements des banques à l’étranger, ils anticipent un taux de change euro-dollar de 1,25 début 2012 et de 1,20 à la fin de l’année. Comme très souvent avec les devises, ces anticipations ne font pas consensus : les grandes banques françaises visent un taux de change à 1,40 à la fin de l’an prochain. L’évolution de l’euro-dollar va conserver tout son mystère. 

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