L’Etat actionnaire à la manœuvre

le 23/01/2014 L'AGEFI Hebdo

Tout à leur nouveau credo libéral, certains responsables de l’opposition ont critiqué l’entrée annoncée de l’Etat dans le capital de PSA, estimant que la puissance publique n’était pas dans son rôle en intervenant en fonds propres dans une telle entreprise privée. Les carences de l’actuel gouvernement sont pourtant assez nombreuses pour ne pas saluer ses initiatives quand elles le méritent, et c’est le cas. Il est vrai qu’en l’occurrence, Bercy n’a pas hésité à forcer la main d’une partie de la famille Peugeot pour imposer ses vues. Mais son attitude se justifie car loin d’être défensif, le soutien de l’entreprise par du capital public, pour un montant d’ailleurs modéré, paraît fondé sur un projet industriel porteur en termes de plan de charge et d’emploi, qui mobilise depuis des mois l’état-major du groupe automobile. Bien sûr, la partie n’est pas assurée du succès. Mais on ne peut à la fois admirer l’opportunisme et la dextérité avec lesquels l’administration Obama a contribué à redresser General Motors et déplorer que l’Etat français saisisse l’occasion de faire de même lorsqu’elle se présente. L’exemple d’Alstom est là pour rappeler qu’à ce jeu, les finances publiques ne sont pas toujours perdantes.

Le cas PSA est d’autant plus intéressant qu’il survient alors que l’Etat prétend clarifier sa politique d’actionnaire au travers d’une loi de modernisation et de sécurisation de la vie des entreprises dont un volet concerne les entreprises publiques. Celui-ci est bienvenu, notamment par la définition qu’il donne des champs respectifs d’investissement de l’Agence des participations de l’Etat et de Bpifrance, et les quatre critères, très larges soulignons-le, qu’il définit pouvant justifier une participation de la puissance publique. Quant à la nomination prochaine d’un comité stratégique de l’Etat actionnaire et d’un comité des nominations, elle démontre sa volonté de se comporter de façon plus cohérente et lisible.

Il faut espérer cependant que leurs délibérations seront rendues publiques, au moins pour ce qui touche aux questions de gouvernance générale. Car les simples actionnaires ont le droit de savoir pourquoi, en investissant dans leur entreprise, l’Etat a pris la responsabilité d’en modifier de facto la valeur. Quant aux citoyens, dont on engage le patrimoine, ils ont eux le droit de savoir selon quels principes l’Etat actionnaire prend des risques en leur nom, choisit ou exclut des sociétés cibles, soutient ou écarte des gouvernances, réalise ou solde des investissements, enfin en affecte le produit. Investisseur par définition de capitaux publics aux côtés d’actionnaires privés, l’Etat doit admettre en contrepartie de la large liberté d’action qu’il revendique une grande transparence. C’est aussi la meilleure manière de couper court aux procès d’intention et aux soupçons d’interventionnisme brouillon qui ne manqueront jamais dès lors que sa présence sera d’actualité dans le capital d’un grand groupe.

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