Dossier Pôle public de financement

L’Etat à la rescousse des « midcaps »

le 19/04/2012 L'AGEFI Hebdo

Réflexions et initiatives se multiplient pour animer le marché des petites et moyennes valeurs, voire créer pour elles une Bourse spécifique.

Parmi les entreprises moyennes, celles cotées en Bourse font l’objet d’une attention particulière de la part des pouvoirs publics. Dès 2009, Christine Lagarde, ministre de l’Economie et des Finances, commandait à Thierry Giami, conseiller à la direction générale de la Caisse des dépôts (CDC), et à Marc Lefèvre, directeur des relations émetteurs chez Nyse Euronext, un rapport sur Alternext. La réflexion a été suivie avec, à l'été 2010, la mise en place d’un Observatoire sur le financement des PME par le marché. Le nouvel organisme a remis un premier rapport annuel au printemps 2011. L’édition 2012 est attendue pour le mois de juin.

La mobilisation a rapidement débouché sur l’apport de fonds aux PME cotées, l’Observatoire ayant considéré qu’il y avait un déficit d’investissement dans les marchés. La CDC a apporté en octobre 2009 une centaine de millions au capital des PME et ETI, puis 200 millions d'euros au printemps 2010. Restait ensuite à impliquer les investisseurs: la levée d’un fonds de place pour les PME cotées vient de déboucher avec une collecte de 121,5 millions auprès de onze assureurs, la CDC participant aussi, à hauteur de 40 millions. Les bailleurs de fonds ont été longs à se décider, et l’objectif initial du fonds de lever 200 millions d'euros n’a pas pu être atteint. «Le produit a été construit en fonction des contraintes des investisseurs, avec eux et pour eux, indique Thierry Giami, président de l’Observatoire sur le financement des PME par le marché. J’ai coordonné le processus qui a conduit au lancement de ces fonds, dans un esprit coopératif salué par les investisseurs.» En février, les montants levés ont été répartis en parts égales entre deux fonds de 80 millions d’euros chacun, la gestion étant confiée à CM-CIC AM pour Nova 1 et Amiral Gestion pour Nova 2. Les premiers investissements viennent d’être réalisés à hauteur de 15% à 20% du total. Très ciblés, ils doivent bénéficier uniquement, sous forme d’actions, à des PME et ETI relevant des secteurs industriels et des services, cotés sur les compartiments B et C de Nyse Euronext et sur Alternext.

Analyse financière

Les réflexions ont établi que pour dynamiser la cotation des entreprises moyennes, une organisation particulière des acteurs était nécessaire sur ce segment. Ainsi, pour rehausser l’attrait des valeurs moyennes, l’analyse financière des valeurs petites et moyennes est encouragée: la visibilité qui en découle doit favoriser la liquidité sur les titres. L’effort s’est concentré sur les entreprises qui ne faisaient pas l’objet d’analyse. Des financements de 300.000 euros ont été consentis par l’AFG (Association française de la gestion financière) et Nyse Euronext, les entreprises concernées contribuant à hauteur de 150.000 euros supplémentaires. Sachant qu’une analyse coûte en moyenne 15.000 euros, une trentaine d’entreprises sont donc susceptibles de bénéficier du dispositif.

En parallèle, les structures de cotation font l’objet d’une réflexion intense, notamment depuis l’émoi provoqué par les perspectives de rapprochement entre Nyse Euronext et Deutsche Börse. Les valeurs moyennes craignant d’être noyées dans un ensemble trop vaste, un rapport a été demandé à Thierry Giami et Gérard Rameix, médiateur du crédit, pour voir s’il est opportun de créer un nouveau marché dédié aux valeurs petites et moyennes et quel rôle Nyse Euronext pourrait jouer à cet égard. «L’idée est d’organiser un pôle spécifique pour accueillir les PME et les ETI qui sont cotées sur les compartiments B et C du marché réglementé et sur Alternext, une structure qui doit être capable de promouvoir le financement par action et obligation, indique Thierry Giami. La solution doit prendre la forme d’une Bourse des PME-ETI, créée avec Nyse Euronext et associant d’autres actionnaires, ou d’une entreprise de marché concurrente.» Soucieuse de conserver ses positions, Nyse Euronext, étudie de son côté une filialisation de son activité auprès des valeurs moyennes et discute en ce sens avec la CDC, ses propositions étant attendues en juin.

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