Entretien avec... Bruno Cavalier, chef économiste d'Oddo Securities

« L’essentiel est de consolider les banques »

le 31/05/2012 L'AGEFI Hebdo

Quels sont les leviers qui peuvent être actionnés pour une politique de croissance compatible avec les programmes d’assainissement budgétaire ?

Pour une part, la récession actuelle résulte de l’indécision des politiques. Cela ôte toute visibilité aux ménages, aux entreprises et aux investisseurs. Il faut donc fixer des priorités et agir vite. Il est vain de parler du retour de la croissance alors que des problèmes bancaires sérieux se posent encore dans plusieurs pays. Sans un système financier assaini, sans visibilité politique, l’économie est laissée à sa pente naturelle, qui est aujourd’hui négative. Enrayer la récession passe par un effort de stabilisation financière. Un exemple : vu le poids de l’Espagne, la fragilité des caisses d’épargne espagnoles constitue un risque systémique. Le problème est donc paneuropéen. Dès lors que le gouvernement de Madrid n’a pas les moyens de régler seul cette question, les autorités européennes se doivent d’intervenir, de passer les comptes à la paille de fer et de financer la consolidation du système. Voilà ce que serait une utilisation efficace du Mécanisme européen de stabilité.

En dehors de l’Allemagne, une politique de soutien à la demande semble exclue. Une initiative de croissance ne peut-elle être qu’une politique de réformes structurelles, toujours longue à produire des effets ?

La consolidation bancaire relève de la politique de l’offre, mais elle représente une passerelle entre les deux types de politique dans la mesure où elle peut avoir un impact rapide sur la psychologie, puis sur la croissance. Elle allie la logique de l’urgence et la logique du structurel.

Quel rôle la Banque centrale européenne (BCE) peut-elle être amenée à jouer ?

Elle doit continuer d’accompagner les ajustements structurels. Ses moyens ne sont pas épuisés. Une baisse du taux de refinancement serait un signal fort pour faire baisser l’euro, le taux de change étant une arme non utilisée jusqu’à maintenant. De plus, la banque centrale pourrait s’engager à maintenir sa politique accommodante aussi longtemps que le réclame l’agenda de réformes européen. Et bien entendu, pour prévenir une panique bancaire, elle doit laisser ouvertes toutes les options extrêmes, qu’il s’agisse de garantir la liquidité du système en menant une troisième LTRO à 3 ans (opération de refinancement à long terme, NDLR) ou de relancer son programme d’achat de titres publics à travers le SMP (Securities Market Programme). Mais encore une fois, dans une zone où les deux tiers du financement des économies passent par le crédit bancaire, l’essentiel est de consolider les banques.

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