L’Espagne veut débarrasser les banques de leurs actifs toxiques

le 12/01/2012 L'AGEFI Hebdo

« Bad bank » ou consolidation du secteur, les engagements dans l’immobilier font débat. Le projet bute sur la question du financement.

En annonçant la nécessité d’augmenter les provisions des banques à 50 milliards d’euros, Luis de Guindos, le ministre de l’Economie du nouvel exécutif espagnol, a jeté le voile sur la façon dont sera prochainement gérée l’une des grandes préocupations du moment : le nettoyage des bilans des entités financières espagnoles. En d’autres termes, comment forcer les banques à se débarrasser de ces actifs toxiques issus du secteur immobilier qui inquiètent tant les marchés.

Pour Enrique Perez Hernandez, professeur d’économie à l’Institut d’études boursières de Madrid, il ne fait guère de doute que le gouvernement « obligera les banques à vendre leurs immeubles au vrai prix du marché afin d’éliminer tous les doutes sur la crédibilité de leurs bilans ». Fin décembre, un chiffrage réalisé par le quotidien El Mundo évaluait à 73 milliards d’euros le montant des actifs toxiques immobiliers accumulés au 30 juin 2011 par les banques. Les actifs en question comprennent les logements saisis et vendus aux enchères, le foncier et les promotions immobilières en cours. Ce chiffre est à ne pas confondre avec celui communiqué par la Banque d’Espagne dans son rapport de Stabilité financière du mois de novembre qui estimait à 176 milliards d’euros le total des actifs « improductifs » liés à l’immobilier et inscrits au bilan des entités financières espagnoles : « Ce chiffre communiqué par la Banque d’Espagne est la somme des crédits des mauvais payeurs, les douteux et les immeubles adjugés », explique Joaquin Maudos, professeur d’économie à l’Institut de recherches économiques de Valence.

Les actifs immobiliers sont depuis des semaines au centre des préoccupations du secteur et toute la question était de savoir quelle formule le nouvel exécutif allait adopter pour procéder au nettoyage. Depuis 2010, Luis de Guindos défendait l’idée de la création d’une bad bank ; une structure publique de défaisance pour isoler les actifs toxiques. C’est le modèle adopté par l’Irlande qui a créé la National Asset Management Agency (NAMA) pour racheter les 71,2 milliards d’euros de créances immobilières « pourries » auprès des banques du pays avec le résultat que l’on connaît. L’état avait sauvé le secteur à hauteur de plusieurs milliards pour éviter leur faillite, entraînant une explosion du déficit public, forcant l’Irlande à accepter le plan de sauvetage du Fonds monétaire international et de l’Union européenne.

Pour l’instant, ce n’est pas l’option qui a été retenue par le Premier ministre Mariano Rajoy qui a déclaré en décembre : « Je ne suis pas favorable à la création d’une ‘bad bank’. » Emilio Botin, président de Banco Santander, a lui aussi récemment fait des déclarations allant dans le même sens : « Cela ne me plaît pas. Cela va coûter de l’argent aux contribuables et ce n’est pas ce qui va relancer le crédit. » Le patron de Santander était d’avis qu’il fallait inciter les entités en bonne santé à absorber celles en difficulté, comme lors du sauvetage de la Caja de Ahorros del Mediterráneo (CAM) qui avait bénéficié d’un schéma de protection de ses actifs du Fonds de garantie des dépôts (FGD). Problème : après cette opération, le FGD est pratiquement à sec, et au vu de l’ampleur du déficit public s’élevant à 8 % au lieu des 6 % prévus fin 2011, le gouvernement espagnol n’a plus les ressources nécessaires pour aider le secteur.

Un grand nettoyage

En obligeant les banques à augmenter leurs provisions pour les actifs immobiliers inscrits à leurs bilans, Luis de Guindos les contraint à un grand nettoyage. Cette obligation entraînera un processus de consolidation dans le secteur, comme l’explique Joaquin Maudos. Cette solution serait, selon lui, « la moins coûteuse » pour l’Etat. Manuel Romera, directeur du secteur financier à l’IE Business School, en doute. Pour lui, cela reviendrait au même : « Celui qui achète l’entité en difficulté recevra de toute facon de l’argent de l’Etat. »

La question du financement est dans tous les esprits. Qui prendra en charge le financement des pertes, « les citoyens espagnols, européens ou les actionnaires des banques » ?, se demande Manuel Romera. Pour nombre d’observateurs, une solution serait de demander une aide au Fonds européen de stabilité financière. Pour eux, il ne fait aucun doute que tôt ou tard, la bad bank sera créée. Joaquin Maudos pense que cette structure de défaisance pourrait exister uniquement pour le foncier, limitant ainsi la quantité d’actifs toxiques à digérer.

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