L'Espagne sort de la récession mais pas de la crise

le 19/09/2013 L'AGEFI Hebdo

L’économie est en bonne voie pour renouer avec une légère croissance du PIB. Insuffisante pour résoudre les défis de l’emploi et du crédit.

Les fameux bourgeons (« 

los brotes verdes ») de l’économie espagnole sont-il en train d’éclore ? A en croire le ministre de l’Economie Luis de Guindos, l’Espagne « se trouve à la veille d’une reprise naissante et fragile » tandis que pendant l’université d’été de Gandia, le ministre des Finances, Cristobal Montoro, jubilait en déclarant aux membres de son parti que le pays était en train de vivre un « phénomène inédit » de « reprise économique à une vitesse que personne n’aurait pu prédire ». Mariano Rajoy, le chef du gouvernement espagnol, est, lui, resté plus prudent en marge du sommet du G20, et s’est dit satisfait des derniers indicateurs économiques publiés au mois d’août.

Il faut dire que le recul moins accusé que prévu du PIB de -0,1 % au deuxième trimestre 2013 (-1,6 % en glissement annuel) et la bonne santé de la balance commerciale ont encouragé les pronostics positifs. Tant et si bien que la Fondation des caisses d’épargne table sur une croissance du PIB espagnol de 1 % pour 2014 et la banque Morgan Stanley 0,8 %. De plus, pour la première fois depuis 16 ans, la balance des comptes courants affichait un excédent de 1,4 milliard d’euros au premier semestre 2013 contre un déficit de 17,9 milliards d’euros un an plus tôt, selon la Banque d’Espagne.

L’évolution positive des comptes courants est liée aux bonnes performances des exportations espagnoles, qui ont enregistré un record de 118,7 milliards d’euros, soit 8% de plus au premier semestre 2013, ramenant le déficit commercial de 15,6 à 2,7 milliards d’euros. L’Espagne est « en train de prendre le chemin qu’elle a toujours pris pour sortir des crises, par les exportations », commente Rafael Pampillón, professeur d’économie à l’IE Business School. L’économiste relève l’augmentation de la fabrication des biens d’équipement ces quatre derniers mois, qui a bondi de 3,9 %. Une amélioration qui, selon Rafael Pampillón, a fait baisser légèrement les chiffres du chômage. Pour Miguel-Angel Bernal, économiste à l’Institut d’études boursières de Madrid, cela s’explique par une réforme du marché du travail, qui « a permis à l’Espagne d’être plus compétitive, notamment dans le secteur automobile et chimique ».

Réformes

Les deux professeurs soulignent que « la baisse des coûts du travail » mais aussi « les mesures et les réformes prises par le gouvernement ont été bien accueillies par les investisseurs étrangers » qui peu à peu reviennent en Espagne. Dans leur majorité, les analystes estiment que l’embellie s’explique par l’évolution positive de la conjoncture en France et en Allemagne, deux pays qui absorbent le quart des exportations espagnoles, ainsi que par les efforts réalisés pour conquérir de nouveaux marchés en dehors de la zone euro. En témoigne le contrat estimé à 6,5 milliards d’euros et empoché par un consortium de 12 entreprises espagnoles pour construire la ligne de train à grande vitesse en Arabie Saoudite, entre la Mecque et la Medina.

La prudence reste de mise, car malgré les chiffres positifs et les prévisions de croissance, les indicateurs restent « faibles et fragiles », remarque Miguel-Angel Bernal, tandis que José Ramon Pin, de l’IESE Business School de Barcelone, met en garde contre un risque de rechute en 2014 « avec la paralysie hivernale de la consommation ». « Si, à partir du troisième trimestre 2013, on peut dire que l’Espagne est sortie de la récession, elle n’est pas pour autant sortie de la crise », souligne Miguel-Angel Bernal. Deux défis majeurs sont encore à relever : celui de l’emploi et de l’accès au crédit du secteur privé.

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