L’épargne salariale pâtit de la morosité économique

le 27/06/2013 L'AGEFI Hebdo

La baisse des versements sur les PEE va s'accentuer. Le Perco profite de l’arrivée de nouveaux bénéficiaires.

Sur le salon Patrimonia en 2010. Laurent Cerino/REA

Les chiffres sont trompeurs. L'augmentation en 2012 des actifs en épargne salariale, de 11 % à 94,6 milliards d’euros, n’est pas le signe d’une année faste. « La hausse des marchés financiers a contribué à l’essentiel de la progression », concède Henri Alline, président du Club de l'épargne salariale. Les versements sur les dispositifs d’épargne salariale ont baissé de 10 % en un an (lire l'entretien). Sur les 11,3 milliards d’euros versés en 2012, 3,8 milliards l’ont été au titre de la participation, 3,1 milliards au titre de l’intéressement, 2,4 milliards au titre des versements volontaires et 2 milliards au titre de l’abondement des entreprises. « Les versements nets sur les plans d’épargne entreprise (PEE) ont même été légèrement négatifs car les versements bruts ont diminué tandis que les rachats ont progressé, précise Laure Delahousse, directeur gestions d’actifs à l’AFG (Association française de la gestion financière). Cette diminution des versements est due à la baisse de l’intéressement et de la participation,

liés mécaniquement aux résultats des entreprises en 2011. Ce mouvement ne traduit pas un désamour du PEE. Il est conjoncturel. » 

Le Perco renforcé

En revanche, le plan d’épargne pour la retraite collectif (Perco) continue d’être abreuvé d’épargne. Les encours ont augmenté de 34 % à 6,7 milliards d’euros en 2012, tirés par une progression de 30 % du nombre de salariés épargnants bénéficiaires. C’est ainsi que « la collecte nette a été très importante, de 1,3 milliard d’euros, soit près de 20 % des encours du Perco », relève Henri Alline. Peu de rachats sont effectués car les salariés qui bénéficient aujourd’hui d’un Perco (dispositif d’épargne encore très jeune puisqu’il a été institué par la loi de Finances 2004) ne sont pas encore en âge de partir à la retraite. Les sommes épargnées sur les Perco sont indisponibles jusqu’à la fin de la vie active hormis dans quelques cas de déblocage anticipé, telle l’acquisition de la résidence principale. A la retraite, l’épargne du Perco est restituée au choix sous forme de capital ou de rente viagère.

L’attrait du Perco ne devrait pas s’éteindre. D’autres entreprises, qui ont signé des accords avec leurs partenaires sociaux au cours de 2012, mettent actuellement en place ce dispositif. Le nombre de salariés profitant de ce support d’épargne va continuer de croître. Laure Delahousse estime que le taux d’adhésion des salariés au Perco, de 30 % aujourd’hui, « a besoin de monter en puissance ». Pour y parvenir, un surcroît de communication auprès des salariés devrait être déployé.

Un autre moteur sera sans doute le débat concernant la réforme des retraites. La prise de conscience de la baisse inexorable du taux de remplacement devrait renforcer la motivation des salariés à épargner afin de compléter les revenus provenant du régime par répartition. Le législateur pourrait se saisir de l’occasion de la réforme des retraites pour renforcer ce dispositif d’épargne. Il faudrait qu’il prenne « bien en compte le poids de l’épargne salariale et notamment la montée en puissance régulière du Perco, outil par excellence de la préparation à la retraite, insiste Henri Alline. Le Perco est aujourd’hui plébiscité pour sa flexibilité et ses avantages par les salariés, les directeurs des ressources humaines et les partenaires sociaux. C’est la preuve que ce produit d’épargne pour la retraite correspond aux attentes de tous ».

Le PEE attaqué

L’avenir du PEE est moins radieux. Plusieurs vents contraires freinent son dynamisme. Outre la conjoncture économique morose, la hausse, en 2012, du forfait social notamment sur l’intéressement et sur la participation (de 8 % à 20 %) va continuer de freiner la dynamique des versements. « L’effet de l’augmentation du forfait social sur la participation est faible, puisque cette dernière dépend d’une formule légale liée à la profitabilité de l’entreprise. En revanche, l’effet sur l’abondement est réel. Les entreprises ne vont pas augmenter leur budget dédié à l’épargne salariale afin de compenser intégralement l’accroissement de la fiscalité. Elles sont plutôt en train de renégocier à la baisse avec les partenaires sociaux les abondements ou les accords d’intéressement arrivés à échéance », détaille Marc Salameh, responsable de l’activité de conseil en avantages sociaux chez Aon Hewitt France. Le constat d’Henri Alline est similaire concernant l’intéressement : « Si on ne note pas de mouvement massif de remise en cause des dispositifs, on remarque cependant qu’à l’échéance des accords (d’une durée de trois ans), quelques renégociations ont été orientées à la baisse. »

L’autre initiative gouvernementale susceptible de jouer en défaveur d’une progression des actifs d’épargne salariale est le déblocage exceptionnel de la participation et de l'intéressement (au second semestre 2013). L'objectif, soutenir la consommation des ménages. « Les montants susceptibles d’être débloqués dans ce cadre seront de l’ordre de 15 milliards d’euros », calcule Patrick Alaguero, directeur grands comptes de Natixis Interépargne.

Mais le seront-ils ? Compte tenu des baisses de pouvoir d’achat observées, « il est probable que la tentation soit forte chez certains, surtout au retour des vacances, de procéder au déblocage anticipé, expose l’expert. A contrario, le climat économique ambiant et l’inquiétude des salariés pour leur retraite pourraient les inciter à augmenter leur épargne ». Il est donc difficile de prévoir les effets de la mesure de déblocage anticipé. D’autant plus qu’il n’est pas pertinent de tirer des enseignements des précédentes initiatives de ce type, comme en 2008. A l’époque, l’intéressement n’était pas concerné. Ensuite, « en 2008, la participation était bloquée, ce qui n’est plus le cas aujourd’hui, précise Marc Salameh. Enfin, plus de 40 % des avoirs déposés sur les PEE sont déjà disponibles, car épargnés depuis plus de cinq ans ».

Les salariés épargnants qui ne sont pas concernés par la question du déblocage anticipé sont fortement préoccupés par la performance des fonds dans lesquels leurs actifs sont investis. A l’heure où les taux d’intérêt sont à de bas niveaux, investir une grande partie de son épargne en fonds monétaire n’est pas la panacée. « Proposer une gestion pilotée, diversifiée, qui évolue en fonction de l’âge et de l’horizon de placement de l’épargnant, semble être l’une des solutions les plus appropriées », commente Laure Delahousse. « Le niveau très faible des taux peut inciter à investir dans des FCPE (fonds communs de placement d'entreprise, NDLR) qui ont une part plus importante en actions, mais les salariés doivent bien avoir conscience du niveau de risque », avertit également Patrick Alaguero. Aujourd'hui, d’après les spécialistes de l’épargne salariale, les épargnants sont en quête de fonds à capital garanti. La remontée notable des Bourses en 2012 et début 2013 n’a pas érodé leur sagesse. 

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