Dossier Microfinance

L'épargne salariale, fer de lance de la finance solidaire

le 25/08/2011 L'AGEFI Hebdo

Les entreprises ont l'obligation de proposer un fonds solidaire consacrant 5 % à 10 % de son actif au financement de structures d'insertion.

Les encours de l'épargne salariale solidaire ont progressé de 44 % en un an, à 1,46 milliard d'euros fin 2010. L'envolée des actifs ne s'explique pas seulement par un appétit soudain des salariés pour la finance solidaire, ces produits ont tout simplement bénéficié d'un coup de pouce réglementaire : depuis le 1er

janvier 2010, les entreprises ont l'obligation de proposer un fonds solidaire dans le cadre de leur dispositif d'épargne salariale. Auparavant, une telle obligation ne valait que pour les Perco (plan d'épargne retraite collectif). « Cette disposition constitue un véritable tremplin pour le développement de l'épargne solidaire puisque 12 millions de salariés ont désormais accès à un fonds solidaire », indique Emmanuel Gautier, responsable de la gestion solidaire chez Natixis Asset Management.

Rien n'oblige les salariés à y souscrire, mais leur simple présence dans les plans d'épargne incite à un dialogue sur le sujet, ce qui favorise la collecte sur ces produits réglementés. Les fonds solidaires doivent consacrer 5 % à 10 % de leur encours au financement d'entreprises solidaires ayant reçu un agrément préfectoral. Le solde du portefeuille est investi librement, en actions, en obligations ou en monétaire, voire sur l'ensemble de ces classes d'actifs. Dans leur grande majorité, ces fonds solidaires sont gérés avec une approche ISR (investissement socialement responsable).

Sélection

Dans la pratique, les gérants investissent la part solidaire de leur portefeuille via des associations qui elles-mêmes sélectionnent et financent des structures d'insertion. « Nous avons une responsabilité dans la gestion du risque : un fonds solidaire doit diversifier ses partenaires pour la poche solidaire. Nous devons non seulement les sélectionner par rapport à la qualité de leurs projets, mais aussi en fonction de leur solidité financière, explique Isabelle Coquelle-Ricq, responsable de la promotion et du développement de l'ISR chez Ideam (Groupe Amundi). Ideam Solidarité finance ainsi plusieurs partenaires dans des thématiques différentes : l'Adie, Habitat et Humanisme, Terre de Liens, Garrigue, Entreprendre pour humaniser la dépendance, Sifa (société d'investissement France Active, NDLR) et SNL Prologue. »

Car les fonds solidaires ne relèvent pas de la logique du don, mais bien de l'investissement, même si celui-ci n'a pas vocation à générer de la performance (lire l'encadré). Les fonds soutiennent les associations solidaires soit via des prises de participation au capital de sociétés ad hoc comme la Sifa, soit via des prêts à taux faibles.

Certains fonds comme le pionnier Insertion Emplois Dynamique de Natixis Asset Management soutiennent également des structures d'insertion en direct, en complément de leurs actions via des associations intermédiaires. « La poche solidaire d'Insertion Emplois Dynamique est investie à hauteur de 30 % en titres Sifa (France Active) et à 70 % dans près de 300 structures en direct, sélectionnées partout en France en partenariat avec France Active », précise Christine Lebreton, gérante du fonds. Natixis AM gère par ailleurs un fonds commun de placement à risques (FCPR), Natixis Solidaire, dans lequel une vingtaine de FCPE (fonds communs de placement d'entreprise) solidaires dédiés à des entreprises investissent au titre de la poche solidaire. Cela permet à des fonds de petite taille d'assurer une bonne diversification de leur encours solidaire grâce à la mutualisation du FCPR. En règle générale, les fonds limitent la part de leur financement solidaire à 7 % à 8 % maximum de leur encours, soit moins que le plafond autorisé de 10 %. L'objectif est de pallier une éventuelle baisse brutale des encours sur le solde du portefeuille liée à la chute des marchés ou à une décollecte. Ainsi, LFR Actions Responsable consacre 6,5 % de son portefeuille à la solidarité, le ratio étant compris entre 7 et 8 % pour Ideam Solidarité et de 7 % pour Insertion Emplois Dynamique.

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