PORTRAIT Richard Jacquet, président de Zencap AM

L'envie de revenir à l'économie réelle

le 24/10/2013 L'AGEFI Hebdo

Le regard bleu métallique, Richard Jacquet, 49 ans, affiche tout d’abord une politesse distante. Aujourd’hui à la tête de Zencap AM, spécialisé dans la dette « distressed », ce professionnel des marchés financiers a navigué plus de vingt ans dans le monde du capital market et notamment de la titrisation. Une étiquette aujourd’hui plus difficile à porter. Mais ce ne fut pas toujours le cas. En 1986, fraîchement diplômé du DESS (master) 203 de Paris Dauphine, le contexte économique est alors souriant : « Le marché avait besoin de jeunes formés aux marchés de dérivés, à l’époque plus confidentiels », se souvient-il.

Le jeune homme enchaîne les maisons et les missions. Indosuez au département Trading Euro Obligation à Paris, puis Nomura à Londres pour y monter l’activité de trading sur émissions d’Etat français, et retour à Paris pour créer le pôle de trading fixed income de ce qui deviendra quelques années plus tard Banque Nomura France. Mais un arbitrage de la maison mère impose la fermeture de l’implantation parisienne. Retour à Londres en 1996 au sein de Bear Stearns pour y faire de la gestion pour comptes propres sur les taux de la zone euro. « Puis est survenue la crise de 1998 sur les émergents, retrace Richard Jacquet. Une période de stress intense. L’année suivante, je décidais de passer de l’autre côté, en 'buy-side'. » C’est dans les rangs de la Caisse centrale du Crédit Immobilier de France qu’il apprend un nouveau métier, en qualité de directeur des marchés. « Alors que jusqu’à présent, j’étais du côté ‘émetteur’, j’achetais désormais des véhicules de titrisation », résume-t-il. Il découvre les ABS (asset-backed securities). A l’aube des années 2000, Richard Jacquet participe à un marché naissant qu’il pressent prendre une place incontournable. Ce sentiment le pousse à monter avec trois collaborateurs une plate-forme de négociation sur ABS, « pour pallier au manque de transparence et de liquidité autour de ces actifs », explique le financier. C’est ainsi que naît ABS-Track. Un actionnaire fait parti de l’aventure : CDC Ixis Capital Markets. Mais le calendrier n’est pas favorable : bulle internet oblige, au bout d’une année, Richard Jacquet n’hésite pas à retourner au salariat et intègre… Ixis. De 2002 à 2009, il sera en charge de la structuration et du marketing de produits structurés. Et puis l’envie de revenir à l’économie réelle se fait sentir. « J’étais devenu mal à l’aise avec l’utilisation dévoyée par certains acteurs des produits dérivés », expose-t-il. Aidé par deux jeunes collègues du désormais Natixis, il rompt les rangs et créé Zencap AM, (groupe Ofi), une maison de gestion spécialisée dans la dette décotée. « Nous capitalisons sur la dislocation du crédit liée à la pression réglementaire à laquelle les banques font face, décrypte-t-il. Mais aussi sur l’émergence du financement alternatif. » Des fonds de dettes structurées ou titrisées sont ainsi lancés, ainsi qu’un fonds immobilier spécialisé dans la dette mezzanine. Un produit proposé jusqu’alors par les seules grandes maisons anglo-saxonnes.

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