L’endettement exponentiel des étudiants américains

le 05/04/2012 L'AGEFI Hebdo

Depuis la crise financière, l’encours des prêts étudiants progresse rapidement sans pour autant constituer un risque systémique.

Les Etats-Unis font-ils face à une nouvelle bulle de crédit ? D’aucuns, outre-Atlantique, n’hésitent pas à présenter l’évolution des encours de prêts étudiants comme une « nouvelle bombe » d’endettement. Leur montée en puissance depuis le déclenchement de la crise financière en 2007 est impressionnante. Elle tranche de façon radicale avec le désendettement global des ménages (crédit hypothécaire et crédit à la consommation) qui a débuté au même moment. Depuis un sommet atteint il y a cinq ans avec un ratio de 130 %, la dette des ménages rapportée à leur revenu disponible brut (RDB) est redescendue aujourd’hui vers 110 %. L’endettement immobilier des particuliers continue de se rétrécir avec le marasme du marché du résidentiel. Et si le crédit à la consommation a retrouvé des couleurs, il le doit avant tout aux prêts étudiants (voir le graphique). Exemple : en janvier, l’encours du crédit à la consommation s’est accru de 20,7 milliards de dollars tiré uniquement par les prêts étudiants (28 milliards) tandis que les autres types de crédit (automobile...) diminuaient.

Le stock de crédits accordés aux étudiants a tout bonnement quadruplé depuis 2000, passant de 200 à 800 milliards de dollars, selon les chiffres collectés par le département de l’Education. A ce rythme, les projections réalisées jusqu’en 2020 par le Council on Foreign Relations (CFR), cité par une note de Natixis, laissent entrevoir une estimation minimale de 1.400 milliards de dollars. D’autres évaluations dévoilent un endettement actuel encore plus lourd comme celle du Consumer Financial Protection Bureau à 1.000 milliards. L’organisme précise qu’un tel niveau représente un dixième de l’encours de la dette hypothécaire des ménages américains.

Une politique publique

C’est à partir de 2008 que l’encours des prêts étudiants a pris son envol avec deux décisions politiques (Ensuring Continued Access to Student Loan Act - Ecasla -, puis en 2010 le Student Aid and Fiscal Responsibility Act - Safra) qui ont à la fois facilité l’accès au crédit, assoupli les conditions de remboursement et accru leur plafond. Ce qui a permis aux établissements d’enseignement supérieur de profiter de la manne publique en augmentant les frais de scolarité.

« La progression du stock de dette est très rapide, mais elle ne constitue en aucun cas un risque systémique, explique Evariste Lefeuvre, chef économiste Etats-Unis de Natixis. Les banques ne sont pas exposées à cette dette comme elles le sont à la dette immobilière. La plupart des prêts sont distribués par des entités dépendant du département de l’Education et sont garantis par le gouvernement. De plus, si les incidents de paiement sont nombreux vu la catégorie d’emprunteurs, il est très difficile de faire défaut sur ce type de prêt. » Bien plus qu’un risque bancaire, l’évolution des prêts étudiants signale un risque social d’exclusion, les difficultés futures d’accès au crédit de toute une classe d’âge, ajoute Evariste Lefeuvre : le principal impact de cet endettement « sera ses répercussions sur le marché immobilier par une moindre éligibilité au crédit hypothécaire ». Au même titre que les municipal bonds, la dette étudiante témoigne de la difficulté de la population américaine à réduire franchement son recours au crédit. Chasser la dette par un côté, elle tente de revenir par un autre.

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