L'avis de... François Cabau, économiste zone euro chez Barclays Capital

« L’emploi s’ajuste en parallèle à l’activité économique »

le 24/11/2011 L'AGEFI Hebdo

Mis à part en Allemagne, l’emploi se détériore en Europe depuis le printemps dernier, à l’instar de l’intérim en France. D’indicateur retardé, l’emploi n’est-il pas en train de se transformer en indicateur coïncident de la conjoncture ?

La nouveauté est que, désormais, les entreprises semblent ajuster très vite leurs effectifs et tendront à faire de même pour leurs projets d’investissement. Il faut se souvenir que l’enquête de conjoncture de la Commission européenne signalait un retournement concernant les intentions d’embauche dès le mois de mai. Soit bien avant les turbulences sur les dettes souveraines de la zone euro de cet été. Désormais, l’emploi s’ajuste en parallèle à l’activité économique. Ce retournement brusque du marché de l’emploi s’explique aisément : les entreprises ont en mémoire les événements de la fin de l’année 2008. Elles se posent la question du risque systémique en zone euro, anticipent « un univers post-Lehman » et en tirent les conséquences en se comportant de manière extrêmement prudente sur le front de l’emploi, de l’investissement et des stocks. Elles ne veulent pas être surprises une seconde fois. Cette attitude des entreprises est très visible en France, et chose surprenante, un peu moins en Italie où le marché du travail résiste, et bien entendu pas du tout en Allemagne où la situation du chômage continue de s’améliorer jusqu’à présent.

Votre prévision d’évolution du PIB de la zone euro est négative sur la fin 2011, puis nulle sur le premier trimestre 2012. La récession dans sa définition « technique » - soit deux trimestres négatifs d’affilée - est-elle évitée ?

C’est une prévision minimale. Il y a un tel niveau d’incertitude institutionnelle et politique qu’il ne faut absolument pas exclure une dégradation supplémentaire de l’activité économique due à la crise financière et à une défiance grandissante de la part des industriels. Une chose est sûre, il ne faut pas espérer une sortie par le haut ; trop de mauvaises nouvelles peuvent encore venir. Nous pensons que l’investissement sera particulièrement touché si jamais aucune solution à la crise des dettes souveraines européennes n’était apportée dans les mois qui viennent. Si l’indice de confiance des milieux d’affaires continue de chuter au cours de l’hiver, la crise économique s’aggravera d’autant.

A lire aussi