L'avis de... Didier Borowski, coresponsable de la stratégie et de la recherche économique d'Amundi

« L'emploi est une préoccupation majeure de Janet Yellen »

le 19/09/2013 L'AGEFI Hebdo

Le retrait de Larry Summers pour la présidence de la Réserve fédérale place Janet Yellen en bonne position. Quels sont ses points forts ?

Tout d’abord il faut rappeler que les deux candidats étaient très crédibles. Si Janet Yellen l’emporte au final, c’est en raison d’éléments très divers. Sur le plan symbolique, il est important qu’une femme prenne la tête de la Fed alors même que la gent féminine est sous-représentée au FOMC. Or Janet Yellen a fait savoir qu’elle ne resterait pas à la Fed si elle n’en prenait pas la tête… Evidemment, elle connaît bien la maison puisqu’elle en est l’actuelle vice-présidente. Mais l’un des éléments qui joue en sa faveur est son approche centrée sur « l’économie réelle » ; en particulier, le marché du travail figure parmi ses préoccupations majeures. Elle a ainsi été la toute première à proposer de réviser à la baisse le seuil du taux de chômage, actuellement fixé à 6,5 %, à partir duquel la Fed envisagerait de remonter ses taux directeurs. Car dans la mesure où le taux de participation ne remonte pas, le taux de chômage baisse de façon plus rapide que prévu sans que cela ne soit le prélude à des pressions inflationnistes. Enfin, elle apparaît comme la plus « colombe » des « colombes » au moment où de nouveaux gouverneurs - à la réputation de « faucons » - vont arriver au FOMC. De quoi rassurer les marchés.

Selon le président choisi, la conduite de la politique monétaire peut-elle s’en trouver modifier ?

Difficile à dire. C’est peu probable pour la phase du ralentissement des achats de titres, durant laquelle le pragmatisme va l’emporter. Mais peut-être davantage au moment de la remontée des taux directeurs. Les yeux rivés sur le marché du travail, Janet Yellen n’est pas près de défendre une remontée des taux directeurs. Les anticipations du marché, qui table sur une première hausse au premier trimestre 2015, nous semblent trop agressives. Janet Yellen est davantage préoccupée par le fait de ne pas répéter l’erreur de 1937 d’un durcissement monétaire prématuré que par l’inflation. Elle est, et c’est ce qui la rapproche de Ben Bernanke, obsédée par le fait de ne pas recommencer les erreurs des années 30.

Comment voyez-vous évoluer les taux longs ?

D’un point de vue fondamental, les taux longs seront conduits à monter d’ici à un an. Mais sans doute pas de façon linéaire. Le défi pour la Fed consiste à piloter une remontée très graduelle qui corresponde aux fondamentaux. Une surréaction à la hausse est toujours possible mais serait de courte durée : l’économie est trop fragile et, dans ce cas, la Fed poursuivrait sa politique d’achats de titres plus longtemps…

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