L’élan allemand coupé par la perte de vitesse de ses voisins européens

le 27/10/2011 L'AGEFI Hebdo

Les perspectives de croissance ont été réduites de moitié pour 2012. L’activité de l’Allemagne reposera sur le dynamisme de la demande intérieure.

Le meilleur élève de la zone euro n’échappe pas à la crise. Malgré des performances exemplaires comme un déficit public prévu à 1,7 % du PIB en 2011, nettement en dessous de l’objectif de 3 % de Maastricht, ou une compétitivité industrielle enviable, l’Allemagne est affectée par le ralentissement de l’activité des autres économies européennes. Prenant les devants, le gouvernement allemand vient de réduire sa prévision de croissance du PIB de 2012 de près de moitié à 1 %, à comparer à 1,8 % précédemment.

« Il faut replacer cette forte révision à la baisse dans le contexte du jeu politique européen actuel, nuance toutefois Florian Roger, responsable macroéconomie chez Amundi. Cette nouvelle estimation de la part des autorités allemandes est une façon aussi de mettre la pression sur l’Italie et la France, afin qu’elles fassent preuve d’un peu plus de rigueur budgétaire. » Le budget français pour 2012, qui a été présenté le 28 septembre dernier, repose sur une estimation de croissance de 1,75 % en 2012, une prévision optimiste, surtout comparée aux nouvelles anticipations allemandes. Quoi qu’il en soit, même si le trait pessimiste de la révision de l’Allemagne est un peu accentué à dessein, il « traduit tout de même un important ralentissement de l’activité, poursuit Florian Roger. La croissance du PIB de 2011 est attendue à 2,9 %. »

La consommation comme pilier

Autre remarque, les chiffres dévoilés par le gouvernement allemand « ne prennent pas en compte l’impact sur la consommation et sur l’investissement d’une baisse plus importante du moral des consommateurs et des entreprises ainsi que de la distribution de crédit, si jamais les sommets européens ne débouchaient pas sur une réforme de nature à rassurer les marchés », précise Florian Roger. Jusqu’à présent, la raréfaction du crédit en Europe, soulignée par la Banque centrale européenne dans sa Bank Lending Survey du troisième trimestre, est moins importante en Allemagne que dans d’autres pays de la zone euro. Mais « le ‘credit crunch’ dépassera les frontières, explique Bruno Cavalier, chef économiste d’Oddo Securities. Le système bancaire dans sa globalité est sous pression partout en Europe. Les banques allemandes ne sont pas un havre de paix. C’est le contexte macroéconomique général qui induit cette tendance au resserrement des conditions de crédit ».

Pour autant, « les forces structurelles de l’Allemagne ne disparaîtront pas, commente l’économiste. Mais le pays ne peut pas s’extraire du cycle économique de l’Europe ». Les liens commerciaux avec ses voisins sont très développés : 70 % des exportations allemandes vont à destination de l’Union européenne dans son ensemble (voir le graphique), tandis que 11 % seulement se dirigent vers l’Asie. Le ralentissement du commerce mondial, et en particulier celui de la demande européenne, est une très mauvaise nouvelle pour le pays dont les exportations représentent la moitié du PIB. « Lorsque la demande extérieure ralentit, c’est le moteur de l’économie allemande qui s’éteint », ajoute Bruno Cavalier, rappelant que « sur la durée, la croissance du PIB allemand correspond à celle des exportations et non à celle de la demande domestique ».

Et pourtant, c’est sur cette dernière que le gouvernement semble compter désormais. « La demande intérieure deviendra encore plus le pilier de la croissance économique en Allemagne. La croissance dans son ensemble ne tiendra pratiquement qu’à elle cette année et la suivante », indique Philipp Rösler, ministre allemand de l’Economie. « Des perspectives de revenu plus élevé et une baisse supplémentaire du chômage devraient apporter une contribution positive à la confiance du consommateur, et ce malgré les problèmes qui se posent avec la crise de la zone euro », estime pour sa part Christian Ott, économiste de Natixis. Il est vrai que le taux de chômage, qui est passé de 8,3 % à 6,9 % en deux ans, a atteint son niveau le plus bas depuis 1992. Ensuite, les premiers accords salariaux signés suggèrent une croissance des salaires par tête de l’ordre de 2,5 % pour 2012, après un chiffre proche de 3 % en 2011. Grâce à la contribution positive supplémentaire des heures travaillées, « l’augmentation du revenu nominal des ménages devrait être proche de 3 % l’an prochain, avance Florian Roger. Avec une inflation de seulement 1,5 %, la consommation bénéficierait de facteurs de soutien ». A moins que les ménages allemands inquiets de l’environnement extérieur ne préférèrent accroître leur épargne. Sous cet angle également, l’expansion de l’économie allemande dépend des décisions prises au niveau de la zone euro afin de régler la crise de la dette.

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