L’économie canadienne est vulnérable à la crise européenne

le 21/06/2012 L'AGEFI Hebdo

Ottawa s’inquiète d’un scénario catastrophe pour la zone euro. Le marché immobilier local est aussi un sujet d’inquiétude.

Depuis la fin de la récession mi-2009, le Canada caracole dans le peloton de tête des économies du G7 et devance régulièrement l’économie américaine, son principal marché à l’exportation. En témoigne le taux de chômage, revenu à 7,3 % en mai contre 8,7 % en août 2009. « Le pays a connu une reprise plus rapide grâce à une relance budgétaire et monétaire opportune, un système financier sain et des prix des matières premières élevés », explique l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). Les ménages canadiens n’ont pas été contraints de se désendetter, notamment parce que le marché immobilier a été relativement épargné. La politique budgétaire fédérale est appréciée par les marchés (Ottawa prévoit de revenir à l’excédent en 2016), qui poussent les taux d’intérêt à la baisse. Enfin, la part des pays non membres de l’OCDE dans les exportations est passée de 5 % en 2000 à 10 % aujourd’hui, et celle des Etats-Unis de 84 % à 72 %.

L’OCDE prévoit une croissance de 2,2 % cette année, après 2,5 % en 2011, mais les derniers indicateurs n’ont pas été à la hauteur des attentes. Le PIB a progressé de 1,9 % en rythme annualisé au premier trimestre, en deçà de la prévision de 2,5 % de la Banque du Canada. Début juin, celle-ci a maintenu le taux d’intérêt cible à un jour à 1 %, et tempéré son discours sur un éventuel retrait du stimulus monétaire.

« A court terme, le risque pour le Canada est une aggravation de la crise européenne », estime Peter Jarrett, chef de la division du Canada au département des affaires économiques de l’OCDE. Le ministre des Finances Jim Flaherty a ouvertement parlé d’un plan d’urgence pour parer à cette éventualité et assurer une liquidité suffisante au système financier. Certes, les banques canadiennes ne sont exposées aux pays européens en difficulté (Grèce, Irlande, Portugal, Espagne et Italie) qu’à hauteur de 8 % de leurs fonds propres Tier one. Mais les effets de contagion conduiraient à un « resserrement des conditions de crédit » et à une « hausse des prêts non performants », prévient la Banque du Canada.

Ottawa est de plus en plus préoccupé par le marché immobilier, qui atteint des sommets - les prix sont 14 % plus élevés qu’en décembre 2007. Le gouverneur de la Banque du Canada Mark Carney a mis en garde les Canadiens qui « empruntent pour acheter une maison en espérant que son prix augmente ». Le taux d’endettement des ménages s’élève à 150,6 % du revenu disponible, selon la denière Revue du système financier, au-dessus des niveaux rencontrés aux Etats-Unis et au Royaume-Uni. De son côté, le Bureau du surintendant des institutions financières (BSIF, l’autorité de supervision) estime que certains prêts ont des similitudes avec les crédits subprime aux Etats-Unis, comme les « HELOCs » (home equity line of credit), des crédits rechargeables.

Dans un tel environnement, la Banque du Canada se montre inquiète de l’impact d’une éventuelle remontée des taux d’intérêt et d’un choc économique sur les ménages et le système financier. Ces deniers mois, le gouvernement a pris plusieurs mesures macroprudentielles pour tempérer le marché. En mars, le BSIF a proposé des directives pour que les banques s’assurent mieux de la solvabilité de leurs clients. Mais « d’autres mesures pourraient être nécessaires si les déséquilibres persistent », avertit l’OCDE.

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