L’économie américaine fait face à un chômage de masse

le 31/10/2013 L'AGEFI Hebdo

La récession de 2008-2009 a modifié en profondeur le marché du travail, ce dont ne rend pas compte la décrue du taux de chômage.

L'économie américaine fait face à un chômage de masse - Photo : Bloomberg

La statistique américaine de l’emploi a toujours eu un pouvoir d’influence important sur les marchés financiers. C’est d’autant plus vrai aujourd’hui que la Réserve fédérale (Fed) s’est fixé un objectif de taux de chômage durablement au-dessous de 6,5 % de la population active (forward guidance) avant de relever son taux directeur, le taux cible des Fed funds. Une perspective encore lointaine même si le taux de chômage décline petit à petit : 7,2 % en septembre, soit 11,3 millions d’individus à la recherche d’un travail. L’emploi joue aussi un rôle dans la mise en œuvre à venir du tapering - la diminution des achats d’actifs d’un montant de 85 milliards de dollars chaque mois par la Fed - en tant qu’élément clé de l’amélioration de la conjoncture économique, elle-même condition essentielle du tapering.

Les économistes et les responsables de la Fed le savent bien : s’en tenir à la simple lecture de la lente décrue du chômage est insuffisant. Si, en moyenne sur l’année écoulée, l’économie américaine a créé 185.000 emplois par mois, il en faudrait plus de 200.000 pour commencer à résorber le chômage. Population active, créations d’emplois, sous-emploi, plus grand-chose ne réagit comme avant la crise économique.

Pour affiner les analyses, les critères d’appréciation se sont donc multipliés. Désormais, il est nécessaire de regarder le chômage sous différents angles. A commencer par le « taux de participation de la force de travail ». A 63,2 % en septembre (63,8 % il y a un an et 67,5 % en 2000), c’est le niveau le plus bas depuis 1978, s’inquiètent les responsables du Center on Budget and Policy Priorities (CBPP). Le constat est identique pour le taux d’emploi (la part de la population ayant un emploi), nettement en deçà de 60 % depuis la récession de 2009. Conclusion, le chômage a diminué jusqu’à présent pour de mauvaises raisons : la sortie des listes de demandeurs d’emploi découragés et l’accroissement du nombre d’adultes ne cherchant pas à avoir un lien quelconque avec le marché du travail.

« U6 »

Plusieurs économistes avancent toutefois une deuxième explication au déclin du taux de participation, la composante démographique avec le vieillissement rapide de la population. Reste aussi l’exclusion des jeunes, pour qui le taux de participation a chuté de 66 % en 2000 à 55 % aujourd’hui (source : Crédit Agricole CIB), signe de leur rejet ou de leur absence d’intégration.

Par ailleurs, le Bureau des statistiques (BLS) du département du Travail publie un deuxième taux de chômage plus large, le « U6 », qui intègre les temps partiels involontaires (7,93 millions d’individus) et une population active dite « marginale » mais bien à la recherche d’un job. Recalculé de la sorte, le taux de chômage américain est de 13,6 %. « Plus de 21 millions d’Américains » font face d’une façon ou d’une autre à une forme de chômage, explique Michael Carey, chef économiste Amérique du Nord de CA CIB.

Enfin, l’émergence à grande échelle du chômage de longue durée (27 semaines et plus) est une nouveauté apparue avec la crise économique. Il concerne 40 % des chômeurs « officiels ». Consciente du problème, l’administration Obama a mis sur pied un programme d’urgence destiné à indemniser les allocataires au-delà de la durée légale de 26 semaines. La prorogation ou non de ce programme doit revenir sous peu devant le Congrès. Quant à la Fed, elle doit faire le tri entre les composantes conjoncturelles et structurelles du chômage. Seules les premières sont susceptibles d’être influencées par la politique monétaire.

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