Entretien avec... Philippe Waechter, directeur de la recherche économique de Natixis AM

« L'économie américaine est dans une phase de transition »

le 15/11/2012 L'AGEFI Hebdo

Les autorités américaines peuvent-elles gérer leurs déficits budgétaires sans trop affecter l’activité économique ?

Nous anticipons une croissance de l’activité autour de 2 % l’an prochain. Au-delà du chiffrage conjoncturel habituel, la question qui se pose est : quel type d’ajustements les Etats-Unis sont-ils en train de mettre en place ? L’économie américaine est dans une phase de transition et digère le choc de la crise financière. Certains ajustements touchent au but, comme dans le cas de l’immobilier résidentiel qui rebondit après six années de chute des prix. Une autre trajectoire est visible ; les autorités cherchent à réorienter l’activité vers le secteur manufacturier en jouant par exemple sur les gains de compétitivité par une baisse des prix de l’énergie. C’est le phénomène des gaz de schiste. Dans ces conditions, toute rupture brutale, tout choc budgétaire et fiscal serait préjudiciable. Depuis 2008, l’arbitrage est clair : laisser filer le déficit budgétaire pour amortir la réduction de l’endettement des ménages et éviter une récession économique prolongée. Par voie de conséquence, cela revient à laisser filer la dette publique, ce qui ne représente pas un problème crucial : pas un investisseur ne met en doute la capacité des Etats-Unis à rembourser leur dette. Il n’y a donc pas de raison de changer de politique et le déficit budgétaire ne devrait pas diminuer très vite, même si des ajustements sont probables en 2013 pour s’assurer la confiance des investisseurs. Ces ajustements sont au cœur des discussions sur le

fiscal cliff.

L’emploi s’améliore un peu ces derniers temps. Mais la nouveauté, c’est l’apparition d’un chômage de masse, de longue durée et touchant les jeunes, pratiquement inconnu avant la crise...

Le chômage est un indicateur retardé. Il est vrai tout de même que l’emploi dans l’industrie manufacturière est bien loin d’avoir retrouvé son niveau de 2007. Un grand nombre de demandeurs d’emploi sont devenus inemployables. C’est le cas dans le secteur de la construction qui a perdu en 2008-2009 quelque 600.000 emplois. C’est une des explications de la forte baisse du taux d’activité. La croissance économique est insuffisante pour alimenter le marché du travail. Beaucoup d’individus vont perdre en employabilité. Ce type de chômage tend à être structurel.

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