L'avis de... Carsten Klude, chef économiste de la banque MM Warburg

« L’économie a de bonnes chances d’éviter une récession »

le 26/04/2012 L'AGEFI Hebdo

Quel sera l’impact de l’austérité budgétaire menée chez nos voisins européens sur la croissance ?

Vu que 40 % des exportations allemandes ont comme destination les pays de la zone euro, la récession qui affecte certains des pays périphériques ne manquera pas de freiner considérablement l’expansion de notre économie. Rien que les cinq pays à problèmes que sont l’Italie, l’Espagne, le Portugal, la Grèce et l’Irlande absorbent quelque 10 % de nos ventes à l’étranger. Ensemble, ils pèsent autant que le groupe des Bric qui représentent 12 % de nos exportations. L’économie allemande progressera donc à un rythme de croissance nettement inférieure au 3 % enregistré l’an dernier. Le premier trimestre s’annonce en particulier très faible.

Comment expliquez-vous que tous les indicateurs de conjoncture repartent à la hausse ?

Beaucoup d’entreprises allemandes, à commencer par l’automobile qui est un secteur clé outre-Rhin, continuent de profiter de leurs positions favorables dans certains pays intermédiaires comme la Chine, le Brésil et la Russie. La reprise aux Etats-Unis devrait avoir aussi un effet positif, d’autant que la faiblesse actuelle de l’euro rend nos produits encore plus compétitifs. Parallèlement, nous disposons d’une demande intérieure robuste avec un chômage en recul à quelque 6 % de la population active, un rattrapage sur les salaires et une activité soutenue dans le BTP. Mais la consommation des ménages ne pourra pas compenser totalement le recul des commandes venant des pays européens. Et la hausse du prix des carburants risque également de freiner l’expansion. L’Allemagne a donc de bonnes chances d’éviter une récession mais son PIB ne devrait que faiblement progresser entre 0,5 % et 1 %.

L’Allemagne profite-t-elle aussi de son rôle de principal créancier de la zone euro ?

Parce que le pays a conservé son triple A et qu’il a considérablement réduit son déficit public, il est considéré comme un havre de stabilité en Europe. Ceci entraîne un afflux de capitaux à des taux quasiment à zéro. L’Etat allemand, les entreprises et les consommateurs en profitent. Il en va de même de la politique monétaire expansive de la Banque centrale européenne. L’extrême faiblesse des taux d’intérêt permet aux entreprises et aux ménages de se refinancer à des conditions historiquement favorables. Une situation bénéfique pour l’ensemble du pays.

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