L'austérité budgétaire génère des hausses de prix

le 17/05/2012 L'AGEFI Hebdo

L’assainissement des finances publiques en Europe passe par des relèvements d’impôts qui se répercutent dans les indices.

Rayon d’une grande surface à Montauban : les hausses de prix à la consommation ont dépassé le seuil du tolérable pour la BCE comme pour la BoE.

Si l’impact de la hausse des cours du pétrole sur les indices de prix à la consommation européens est détecté et connu, celui de l’austérité budgétaire l’est en revanche bien moins. Les hausses d’impôts et de taxes, tout particulièrement de la TVA, dans les différents pays européens où ils ont été mis en œuvre ont relevé sous la forme d’une marche d’escalier les indices de prix globaux, allant jusqu’à se répercuter par petites touches sur l’Ipcum, l’indice agrégé de la zone euro.

Un paradoxe de plus pour des économies européennes mal en point et soumises aux puissantes et nombreuses forces déflationnistes que sont le désendettement des ménages et des entreprises, la faiblesse de la distribution de crédit, la réduction des bilans bancaires. Ou, plus parlant encore, les baisses de salaires réalisées à grande échelle dans certains pays, et la hausse rapide du chômage et le recul de l’activité. A ce jour, le « vrai » risque inflationniste de dérapage généralisé et auto-entretenu de tous les prix - biens et actifs -, accompagné d’importantes revalorisations salariales, a beau être inexistant, les hausses de prix à la consommation se situent au-dessus des objectifs (2 %) décrétés comme le seuil du tolérable pour leur crédibilité par la Banque centrale européenne (BCE) et la Banque d’Angleterre (BoE).

Récemment, le président de la BCE Mario Draghi a dû admettre que l’inflation (2,7 % en glissement annuel en mars) ne reviendra pas sous le niveau de 2 % en 2012, repoussant cette prévision à l’an prochain. Le président de la BCE ne s’est pas alarmé outre mesure, réaffirmant que l’objectif d’inflation est de moyen terme. L’inflation sous-jacente à 1,6 % en mars (hors pétrole) ou les anticipations d’inflation ne montrent aucun signe pouvant inquiéter la banque centrale. Mieux, de l’autre côté du Rhin où les partenaires sociaux ont négocié des hausses de salaires dans certains secteurs, la Bundesbank, dont la réputation de rigidité sur le dossier de l’inflation n’est plus à faire, adapte sa doctrine aux événements. Elle a indiqué à la commission des finances du Bundestag « que l’Allemagne pourrait dans le futur avoir un taux d’inflation plutôt supérieur à la moyenne de la zone euro ».

Impact sur les indices nationaux

Au cours des prochains mois, les hausses de taxes en zone euro seront nombreuses, décrit Catherine Colebrook, économiste de BNP Paribas : hausse de l’électricité de 7 % en Espagne dès avril, relèvement du principal taux de TVA à 21 % aux Pays-Bas en octobre, 23 % en Italie en septembre, à 24 % en Finlande en janvier 2013, etc. La liste est longue. Si, dans chaque cas, les répercussions sur l’indice de prix global de la zone euro ne sont que de quelques points de pourcentage, l’impact sur les indices nationaux est en revanche bien plus important. Les hausses à venir de la fiscalité indirecte en Italie et aux Pays-Bas se traduiront par des progressions de l’IPCH de respectivement 1,1 point et 1,2 point, selon Catherine Colebrook. La mesure italienne affectera l’IPCH de l’ensemble de la zone euro de 0,2 point de pourcentage. L’austérité budgétaire en zone euro couplée à l’impact de la hausse des cours du pétrole va donc contribuer à maintenir l’inflation des prix à la consommation au-delà de 2 %, ôtant au passage du pouvoir d’achat au consommateur dont le revenu disponible réel (défalqué de l’inflation) diminue déjà depuis la mi-2011, selon Eurostat.

Au Royaume-Uni, les indices de prix se situent depuis fin 2009 au-dessus de l’objectif de la banque centrale, et la courbe des taux des emprunts d’Etat dégage des rendements réels franchement négatifs depuis deux ans. Ce qui n’empêche nullement les investisseurs buy and hold comme les fonds de pension d’acheter des gilts. De l’autre côté de la Manche, même l’inflation sous-jacente (core inflation) se maintient à un niveau élevé (un glissement annuel de 2,5 % en mars). La hausse de la TVA de janvier 2011 a du mal à sortir des indices et complique la politique de la BoE. « Des observateurs craignent que le QE (assouplissement quantitatif, NDLR) débouche ultimement sur un épisode d’inflation galopante, remettant implicitement en question la crédibilité de la BoE », commente Marc-Antoine Collard du département des études de Société Générale.

Les banques centrales ont choisi de donner un coup de canif dans le sacro-saint objectif de stabilité des prix dans le but de promouvoir l’objectif de stabilité financière, du secteur bancaire et du financement de l’économie.

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