L’attrait retrouvé des fonds actions à hauts dividendes

le 28/06/2012 L'AGEFI Hebdo

Cette stratégie permet de dégager un rendement robuste. Une spécificité précieuse dans un contexte de taux d’intérêt bas.

L’attrait retrouvé des fonds actions à hauts dividendes

Le rendement des actions supérieur à celui des obligations ? Le constat étonne et pourtant. « C’est la première fois depuis la Seconde Guerre mondiale que l’on voit le rendement d’une action (dividende sur cours de Bourse) surpasser celui des emprunts d’Etat et le rendement obligataire de la même entreprise », met en perspective Romain Boscher, directeur des gestions actions d’Amundi. Du coup, les consciences se sont peu à peu éveillées. « Nous ne sommes plus dans une période de marché haussier qui occultait la notion de rendement des actions, en raison d’une très forte appréciation des titres », explique-t-il. La perspective de plus-value venait ainsi, jusqu’à il y a peu, gommer toute notion de rendement. Désormais, on assiste au retour en grâce du dividende.

Dans un contexte de faible valorisation des actions, de taux d’intérêt bas, les actions à hauts dividendes (rendement moyen du Stoxx Global Select Dividend 100 de 5,4 %) attirent les investisseurs. D’autant que la thématique de rendement est au cœur des stratégies d’investissement des institutionnels au 31 mai. Même s’il s’agit pour eux de faire prioritairement le « plein » sur l’obligataire, le retour sur le segment des actions se fait pour certains - les fonds de pension anglo-saxons notamment - via les entreprises distribuant leurs résultats. Philippe Goettmann, responsable de bureau parisien de DWS, indique que, chez eux, « un milliard et demi d’euros de flux de souscription ont été enregistrés depuis le début de l’année sur cette stratégie en provenance d’institutionnels européens, mais également de particuliers et banques privées ». Les raisons sont multiples.

Ainsi, en cas de décrochage de l’action, un effet coussin se met en place grâce au dividende qui amortit cette baisse. Un mécanisme qui apporte une moindre volatilité au portefeuille. « De plus, le dividende est en général moins volatil que le résultat d’une entreprise, atteste Romain Boscher. Il est fréquent que les entreprises maintiennent un dividende élevé, malgré un résultat en repli, dès lors qu’il est le fait d’éléments considérés comme exceptionnels et sans impact durable sur leur profitabilité. » Sur le long terme, ces actions apportent la preuve de leur surperformance (voir le graphique). « Le dividende indexé sur la croissance de l’entreprise sous-jacente est une donnée importante dans la mesure où il représente près de la moitié du rendement action corrigé de l’inflation », poursuit Romain Boscher. Philippe Goettmann décrit que « de 1927 jusqu’à 2010, les actions haut rendement ont participé à la capture de 100 % de la croissance du S&P500, en subissant uniquement 74 % de la baisse de l’indice ». Pour sa part, Allianz Global Investors indiquait récemment que « l'observation des quarante dernières années montre que le dividende est le facteur dominant dans la performance des actions des pays de l'Organisation de développement et de coopération économiques (OCDE) ». De quoi apporter la preuve que cette gestion n'est pas qu'une opération marketing ! « Et puis tout réinvestissement du dividende, notamment en cas de baisse du cours de l’action sous-jacente, permet d’augmenter le nombre d’actions détenues », souligne Anne-Laure Frischlander, directrice générale de BNY Mellon AM à Paris. Un argument que les investisseurs accueillent avec bonne humeur.

A l’heure où les taux d’intérêt sont quasi nuls, les vertus du dividende sont ainsi redécouvertes, tout comme ses déclinaisons : le dividende réinvesti en titres décotés ou l’inscription des titres au nominatif. « Dans le premier cas, en lieu et place du versement du dividende est proposé la remise de titres pour un montant supérieur à celui du dividende, explique Romain Boscher. Une pratique fréquente en cas de tension sur la trésorerie des entreprises. Quant à la seconde option, elle consiste, dans certains cas, pour l’investisseur, à être un actionnaire identifié et à obtenir, en général après deux ans de détention continue, un dividende majoré pour récompenser sa fidélité. »

Fine sélection

Cependant, outre les nombreux attraits de cette technique de gestion, elle ne marche pas à « tous les coups ». « Cette stratégie accompagne moins bien les périodes de formation de bulle, note Aymeric Forest, gérant de Schroders. Même si en cas de récession, ces fonds performent en raison d’une moindre volatilité. » Autre situation défavorable pour cette gestion : le tarissement de la liquidité comme cela fut le cas en 2007. « Un certain nombre d’entreprises, en raison de leur taille réduite, étaient devenues impossibles à céder, se souvient Philippe Joly, gérant chez SPGP. Or nous retenons parfois au travers de la stratégie de hauts dividendes, des entreprises de moyennes capitalisations. » De plus, elle nécessite de faire le tri entre le bon grain et l’ivraie. Les plus importantes distributions de dividendes ne sont pas à coup sûr le reflet de la bonne santé d’une entreprise. « Il est impératif de distinguer les valeurs de rendement structurel de celles au rendement conjoncturel, souligne Philippe Joly. Les premières présentent des bilans sains, une gestion efficiente de leurs 'cash-flows', un endettement maîtrisé et une distribution de leurs résultats régulières. »

A l’inverse, les secondes naviguent « dans un univers déflationniste : ces entreprises officient dans un secteur moins porteur, plus concurrentiel, poursuit Olivier Lefèvre, gérant chez Natixis AM, et procèdent à des restructurations continuelles afin de générer du 'cash-flow'. Le secteur des télécommunications distribue ainsi un dividende attractif de l’ordre de 6 % à 7 %. Mais il est en proie à une concurrence effrénée, les acteurs historiques assistent à une baisse marquée de leur chiffre d’affaires, leurs résultats d’exploitation sont en déclin, leur santé bilancielle remise en cause… Il est incontournable de ne retenir que les entreprises dont la distribution du résultat est pérenne et croissante. » Du côté de SPGP, les choix se portent sur des valeurs telles Diageo (dividende de 3 %) la plus importante entreprise mondiale sur le marché des alcools et spiritueux, BAT (British American Tobacco), l’industriel du tabac (dividende de 4 %), le concepteur de verres correcteurs Essilor (dividende de 2,5 %), ou encore Fresenius (dividende de 3 %), un laboratoire pharmaceutique, leader en perfusion et nutrition clinique. « Des lignes métiers durables », explique, un brin cynique, Philippe Joly.

Opportunité des émergents

Nombreuses sont aussi les entreprises à annoncer une distribution de leurs résultats mirifiques et à couper leurs dividendes avant l’assemblée générale. « En 2008, des banques ont communiqué sur des dividendes attractifs, retrace Aymeric Forest. Lesquels dividendes n’ont pas été versés l’année suivante. » D’ailleurs, l’équipe actions de la maison de gestion dispose d’un modèle informatique qui estime les probabilités qu’une société coupe son dividende au regard de l’historique de distribution de ses résultats et d’un passage au crible de son état de santé (cash-flows, endettement…). Le gérant, qui force le trait sur la nécessité de se concentrer sur des entreprises de qualité, appuie sur le fait qu’il ne faut pas se limiter à une zone ou un secteur. Une tendance à une diversification géographique que les gestionnaires appliquent déjà en intégrant ou en proposant des fonds exposés aux économies émergentes.

« Sur les 73 milliards de livres gérés en actions par notre filiale Newton, 12 milliards, soit 16 % des encours, sont des actions ‘haut dividendes’, avec une franche tendance à s’orienter sur les pays émergents, détaille Anne-Laure Frischlander. Une distribution des résultats signifie que l’entreprise est dans une phase de maturité. Or l’on retrouve de nombreuses sociétés de taille significative et à la croissance établie, que ce soit à Hong Kong, Singapour ou en Corée. » Wouter Weijand, global head of high income equity au sein BNP Paribas Investment Partners (BNPP IP), a été l’artisan de ce nouveau style de placement en actions chez BNPP IP, et a contribué au lancement en 2000 du fonds High Dividend Emerging Markets. « Les actions émergentes sont moins chères que les entreprises implantées dans les économies matures, ce qui laisse entrevoir des perspectives de rendement attractives, résume-t-il. Un gain qui pousse à accepter un peu plus de risque. » Parmi les pays privilégiés : la Turquie, l’Afrique du Sud, la République Tchèque, mais aussi Taiwan, la Chine, l’Indonésie, les Philippines et l’Inde. En moyenne, leur rendement du dividende direct s’élève à environ 5,5 %, soit un niveau supérieur au rendement du dividende des pays développés, qui se situe aux alentours de 5 %. Sans oublier que ces actions échappent à la toute nouvelle taxe franco-française de 3 % sur dividendes…

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