L'avis de... Nuno Teixeira, directeur général adjoint de Schroders France

« L’attrait des dettes émergentes commence à être sérieusement ébranlé »

le 29/09/2011 L'AGEFI Hebdo

Comment évolue votre exposition à la dette émergente ?

Avec prudence… Notre exposition au risque crédit est encore plus faible qu’à la fin de 2008. Nous ne sommes pas loin d’avoir atteint notre position maximale en cash. Nous étions déjà défensifs il y a quelques mois mais nous le sommes encore plus aujourd’hui. De même, nous sommes négatifs sur les devises émergentes depuis quelques semaines déjà. La seule devise à laquelle nous sommes ouvertement exposés est le renminbi, qui s’est apprécié de 1 % en août. La hausse de la devise chinoise devrait se poursuivre. Plutôt que de distribuer du crédit agressivement comme en 2009 afin de faire face au ralentissement économique mondial, les autorités chinoises pourraient opter, cette fois, pour une réorganisation de leurs outils de politique budgétaire et monétaire. Suivant cette hypothèse, une éventuelle réduction du ratio des réserves obligatoires des banques pourrait être contrebalancée par une accélération de l’appréciation de la devise chinoise.

Comment expliquez-vous le retrait des investisseurs ?

Les institutionnels, qui craignent maintenant des contraintes liées à la liquidité de certains marchés, réduisent le degré de risque de leurs portefeuilles. Or les dettes de nombreux pays émergents étaient devenues trop chères. La classe d’actifs a drainé des volumes considérables au cours de ces deux dernières années, profitant des bons fondamentaux de certains émetteurs, mais aussi de la complaisance de beaucoup d’investisseurs. Polarisés sur les crises de la dette européenne et américaine, ceux-ci ont estimé que la dette émergente était un havre de paix... A tort. Ces marchés demeurent risqués et le retournement peut être brutal. Preuve en est à l’heure actuelle. L’attrait des dettes émergentes commence à être sérieusement ébranlé, suivant la tendance baissière des devises. En trois semaines seulement, la plupart d’entre elles ont effacé les gains réalisés en dix-huit mois.

Que pensez-vous du diagnostic des agences de notation ?

Le fait qu’elles continuent d’augmenter la note de certains pays émergents est plutôt un signal contrariant. La décision de Standard & Poor’s de relever la notation de la dette long terme libellée en devises locales de la Turquie est paradoxale. La politique monétaire et la position de la balance des paiements du pays ont récemment été hors de contrôle, une faiblesse masquée par la croissance forte du PIB du pays. Dès lors que l’activité ralentit, la vigilance s’impose. Un des risques majeurs est que la dépréciation soudaine de certaines devises émergentes ne conduise les autorités monétaires à retirer des liquidités du marché afin de la stopper. Plusieurs pays comme la Turquie mais aussi la Corée, l’Indonésie ou la Pologne ont agi de la sorte. En vain.

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