L’assurance-vie touchée de plein fouet par la crise

le 03/11/2011 L'AGEFI Hebdo

La décollecte de septembre est essentiellement la conséquence du choc de l’été sur les marchés. Les épargnants préfèrent les placements liquides ou l’immobilier.

Pour la troisième fois en quinze ans, l’assurance-vie a enregistré une décollecte au mois de septembre. Son montant : 1,8 milliard d’euros. Les deux précédents de rachats mensuels supérieurs aux versements sont datés d’octobre et de décembre 2008, soit peu après le sinistre de Lehman Brothers. Qu’en est-il aujourd’hui ? Est-ce une redite de 2008, une secousse financière de forte amplitude provoquant un choc émotionnel passager chez l’épargnant ? Ou s’agit-il des prémices d’un remodelage des placements financiers sous l’effet des nouvelles règles de Bâle III plus favorables à l’épargne bancaire ?

« Nous sommes dans un contexte particulier de crise et nous manquons de recul statistique. Certes, le temps est bien fini où l’assurance-vie absorbait 80 % de l’épargne nouvelle des Français avec un fort taux de croissance de la collecte. Néanmoins, il est prématuré de parler de déclin », considère Philippe Crevel, secrétaire général du Cercle des épargnants. « C’est une alerte, mais pas une catastrophe. La décollecte est limitée à environ un millième de l’encours et nous ne voyons pas de transferts massifs de l’assurance-vie vers l’épargne bancaire », explique Cyrille Chartier-Kastler, président de Facts & Figures. Depuis début 2011, les primes versées s’affaiblissaient et « les courbes de cotisations et de prestations ont fini par se croiser », ajoute Philippe Crevel. A cela plusieurs raisons qui se conjuguent, poursuit-il : la préférence pour les placements liquides sans risque, l’attrait de l’immobilier (un dossier sur deux se fait sans appel au crédit à Paris et donc implique des rachats des contrats), et le fait que l’assurance-vie ne bénéficie plus de transferts comme ceux en provenance des plans d’épargne logement il y a quelques années.

Les rachats sont d’autant plus aisés que les deux tiers des contrats d’assurance-vie ont une maturité de plus de huit ans et que près de la moitié ont plus de douze ans, bénéficiant de ce fait des avantages fiscaux à la sortie.

Perte d’attractivité

Trois catégories d’épargnants se partagent l’encours de 1.368 milliards d’euros à fin septembre : l’épargne standard ou grand public, l’épargne patrimoniale et la gestion privée. « Depuis le début de l’année, c’est la catégorie de la gestion privée qui connaît un net ralentissement », indique Cyrille Chartier-Kastler. Les sempiternelles rumeurs de durcissement de la fiscalité du produit (avec d’ores et déjà un relèvement des droits de succession au-delà de 900.000 euros de capital et la suppression de l’exonération pour les contrats des non-résidents) et surtout la quasi-disparition des rendements garantis ont fait perdre de son attractivité à l’assurance-vie pour les grosses fortunes. Or si elle représente un petit nombre, « cette typologie d’épargnants pèse lourd en termes de collecte, environ 30 milliards d’euros de collecte brute et une estimation de 16 milliards pour la collecte nette », poursuit l’analyste. C’est dans la gestion privée que se trouve l’origine de la fuite.

Pour le gouvernement, la fiscalité s’avère être une arme à double tranchant. La renforcer serait une chose, mais l’Etat a besoin de l’assurance-vie pour absorber une partie de ses émissions obligataires. « Une décollecte forte et durable d’une centaine de milliards en un an conduirait les assureurs à vendre des titres à la casse », prévient Cyrille Chartier-Kastler.

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