Dossier Art

L’assurance des œuvres d’art doit gagner ses lettres de noblesse

le 25/07/2013 L'AGEFI Hebdo

En France, une poignée d’acteurs se dispute ce marché. Le sous-équipement des particuliers leur offre de belles marges de manœuvre.

Toiles de maître, tableaux de famille, livres de collection ou meubles anciens… Qu’ils fassent partie du patrimoine d’un particulier ou de la collection d’une exposition, tous ces biens peuvent être couverts par une assurance œuvres d’art. « Tout ce qui peut être acheté ou vendu dans une maison d’enchères peut être considéré comme une œuvre d’art et bénéficier d’une assurance spécifique, précise Yannick Daucourt, responsable régional Europe et Asie-Pacifique pour l’assurance Fine Art & Specie chez XL Group. Il est même possible d’assurer des vignettes Panini ou des collections de cartes de baseball aux Etats-Unis dès lors qu’elles ont de la valeur. » Et pourtant, le marché de l’assurance des œuvres d’art demeure confidentiel. « Selon les chiffres du Lloyd’s, ce marché pèserait 700 millions de dollars au niveau mondial », avance Tania Bensoussan-Arthur, responsable France pour l’assurance Fine Art & Specie chez XL Group. Selon certains professionnels, le seul marché français afficherait à peine 20 à 22 millions d’euros de primes, dont la moitié pour les musées (lire l’entretien).

De fait, une petite poignée seulement de compagnies se dispute ce marché : Axa Art, le plus important par la taille, Hiscox, qui est présent dans l’Hexagone depuis 1995, Albingia ou encore XL Group. « C’est un marché de spécialistes, constate Jean-Baptiste Costa de Beauregard, souscripteur art et clientèle privée chez Hiscox France. La gestion des sinistres demande des compétences bien spécifiques. Avoir cette approche de spécialiste constitue donc la règle dans ce secteur. » Tous ces acteurs ciblent les mêmes clientèles : marchands, galeries, maisons de ventes, musées, expositions, sans oublier les particuliers.

Un marché de courtage

L’organisation commerciale diffère cependant d’un acteur à l’autre. Si certains travaillent exclusivement avec des courtiers nationaux ou régionaux, véritable passage obligé sur ce marché, d’autres se sont dotés de leur propre expertise interne. « Nous avons des souscripteurs spécialistes assistés de gestionnaire dans chacun de nos six délégations, celle de Paris étant la plus étoffée », explique Claire Paix, directeur des branches Art & Précieux et Risques spéciaux chez Albingia. Hiscox France a pour sa part décidé de travailler « avec des banques privées ou des conseillers en gestion de patrimoine, souligne Jean-Baptiste Costa de Beauregard. Nous comptons par ailleurs dix souscripteurs spécialisés en France ».

Au regard des sommes considérables à débourser en cas de sinistres sur des œuvres pouvant valoir plusieurs millions, voire dizaines de millions d’euros, cette activité nécessite surtout de disposer d’une force de frappe financière suffisante. « Les besoins en termes de capacités de souscription sont très importants avec des valeurs pour certaines expositions qui peuvent drainer la quasi-totalité de la capacité du marché », explique Tania Bensoussan-Arthur. « C’est un marché concurrentiel, particulièrement dans le domaine des expositions », ajoute Claire Paix. Or les revenus dégagés ne sont pas toujours à la hauteur des enjeux. De fait, « la prime est calculée, entre autres, en fonction d’un taux appliqué à la valeur de l’œuvre, précise Jean-Baptiste Costa de Beauregard. Par exemple, la prime est de 1.060 euros TTC pour assurer 500.000 euros d’objets non fragiles en valeur agréée ».

Si le marché reste largement soutenu par les professionnels, le sous-équipement des particuliers laisse à la profession de belles marges de manœuvre. « La grande majorité des gens ont une ou deux œuvres qu’ils n’assurent pas car ils estiment être couverts par leur contrat habitation, note Jean-Baptiste Costa de Beauregard. Or ce contrat couvre généralement un objet de valeur jusqu’à 5.000 ou 6.000 euros en moyenne. » Résultat, « on estime qu'au maximum 15 % à 20 % des particuliers assurent leurs œuvres d’art spécifiquement », avance Claire Paix. Reste à séduire plus largement cette clientèle pour sortir ce type d’assurance de sa confidentialité.

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