L'invité de L'Agefi

L’asset management n’est pas du « shadow banking »

le 04/10/2012 L'AGEFI Hebdo

La gestion d'actifs est structurée par un ensemble de directives très strictes, et ne peut représenter un risque systémique.

Par Christian Dargnat, vice-président de l’Efama*

Les derniers G20 ont été l’occasion de redessiner le cadre régissant la finance internationale avec pour principal objectif : « plus jamais 2008 ». A l’issue de ces rencontres, le Financial Stability Board (FSB) s’est vu confier l’examen des activités du shadow banking (finance de l’ombre).

Trois sources de risque menaçant le système financier interpellent le FSB : l’utilisation de l’effet de levier, la transformation de liquidité, l’exposition au risque de crédit. Ce qui pose un problème n’est pas l’activité du shadow banking en soi mais l’absence de régulation d’une activité, la possibilité d’un arbitrage avec la régulation bancaire ou l’existence potentielle d’un risque systémique non identifié. A l’aune de ces critères, l’asset management relève-il du shadow banking et/ou représente-t-il un risque systémique ? Notre réponse est non, et notamment pour les raisons suivantes.

Le superviseur européen, l’Esma, rappelle dans sa réponse à la consultation de la Commission européenne que l’asset management européen est structuré à partir d’un ensemble de régulations et de directives très strictes, où la majeure partie des produits proposés appartient à la gamme dite Ucits, un standard européen devenu label à l’échelle mondiale. La directive AIFM, en cours d’élaboration, complète ce cadre réglementaire rigoureux. Concernant la première source de risque énoncée par le FSB, les produits Ucits n’utilisent, pour la grande majorité d’entre eux, aucun effet de levier. Pour les fonds utilisant cette possibilité, le levier maximum est fixé à deux.

Le second risque mis en exergue par le FSB correspond au risque de liquidité. Les produits Ucits investissent sur les marchés liquides et bénéficient d’une forte diversification, permettant ainsi d’offrir une valorisation quotidienne et de subvenir au retrait de liquidité. Dans le cas le plus sensible, celui des fonds monétaires, produits constitués principalement d’actifs sans risque qui peuvent souffrir de remboursements importants lors de stress financiers (bank run), ceux-ci ont intégré le principe d’une valeur liquidative flottante. Ce principe comptable permet la valorisation quotidienne des actifs du fonds à leur « juste » prix, et ce même en période de baisse garantissant une protection équitable à l’ensemble des investisseurs du fonds.

Sur l’exposition au risque de crédit, l’asset management ne peut représenter un risque systémique sur le marché obligataire mondial en raison de la modestie relative de sa taille. Au niveau européen, selon les données de la Banque centrale européenne, la part de marché des obligations en euros détenue par les fonds obligataires gérés par l’asset management est de 5,3 % dont la moitié en titres souverains. Les ETF (exchange-traded funds) obligataires européens détiennent quant à eux 0,3 % du marché obligataire en euros, dont 20 % en obligations d’entreprises. Les asset managers n’accueillent aucun dépôt mais collectent des liquidités dont les propriétaires recherchent une exposition, conscients des gains et des pertes potentiels.

Le shadow banking implique l’idée d’une activité opaque, sans définition ni règle précise représentant un risque systémique. L’asset management est à l’opposé de cet univers. Grâce à un cadre de régulation européen exemplaire, l’asset management bénéficie d’une structure solide qui réduit sensiblement les risques non financiers associés à la gestion de ces produits. L’asset management s’exerce donc dans la plus grande transparence, exerçant un rôle stabilisateur pour l’économie, et ne serait être assimilé stricto sensu à une activité de « banque de l’ombre ».

*Europe Fund and Assets Management Association

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