Centenaire de L'Agefi - Volet 8

L’arrivée du « franc lourd »

le 14/04/2011 L'AGEFI Hebdo

A peine revenu au pouvoir au printemps 1958, le général de Gaulle se saisit en urgence des questions économiques. Il faut remettre les finances de l’Etat en ordre, donner un coup d’arrêt à l’inflation, enrayer l’affaiblissement continu de la monnaie. Il décide une nouvelle dévaluation de 17,5 % - la septième depuis la Libération, la onzième depuis 1924 - et confie parallèlement à son ministre des Finances, Antoine Pinay, et à l’économiste Jacques Rueff la mission de proposer un plan de stabilisation et une nouvelle monnaie.

Dix-huit mois plus tard, le 1er  janvier 1960, le « nouveau franc » ou « franc lourd » est mis en circulation, il vaut 100 anciens francs. « Le vieux franc français, si souvent mutilé à mesure de nos vicissitudes, nous voulons, déclare de Gaulle, qu’il reprenne une substance conforme au respect qui lui est dû ». Référence symbolique, la nouvelle pièce de 1 nouveau franc présente sur une de ses faces la Semeuse coiffée du bonnet phrygien qui ornait le franc d’avant 1914, considéré à l’époque comme l’une des monnaies les plus fortes du monde.

Techniquement, l’opération de changement de monnaie s’est déroulée dans le calme. Pour ne pas déstabiliser l’opinion, le plan Rueff avait privilégié un étalement du changement de la monnaie fiduciaire sur plusieurs années. Pendant deux ans, les billets en anciens francs continuèrent à circuler (photo ci-contre) ornés d’une « surcharge » indiquant leur contrevaleur en « francs lourds ». Ainsi, le billet de 1.000 F « Richelieu » portait en son centre la mention « contrevaleur de 10 nouveaux francs ». Le calcul de conversion étant simple, les erreurs furent éphémères. « Le 1er janvier 1960, note l’historien Jacques Marseille dans un de ses ouvrages, on relevait 60 % d’erreurs de libellé sur les chèques mais dès la semaine, suivante seuls 20 % étaient encore rédigés en anciens francs ».

Dans un rapport « à chaud » début 1960 sur le changement de monnaie, le Ministère des Finances relève que « l’introduction du nouveau franc passe inaperçue. (…) Si on voulait éviter le choc psychologique, on a réussi au-delà de toute attente ». Certains envoyés du ministère en régions, qui font remonter leurs constatations, soulignent tout de même « un sentiment de malaise et de rétrécissement face à la diminution des nombres de francs exprimés dans les traitements, salaires, indemnités, loyers… ». On enregistrera même trois suicides de personnes qui se crurent ruinées en voyant le montant de leurs avoirs divisé par cent !

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