L’appréciation de l’euro contre dollar sera de courte durée

le 21/04/2011 L'AGEFI Hebdo

Le fin du QE2 cet été aux Etats-Unis doit mettre un terme à l’affaiblissement du billet vert, expliquent les économistes.

Rien n’y fait. La zone euro a beau être ballottée et les demandes d’aide de la part de la Grèce, de l’Irlande et du Portugal s’accumuler sur le bureau du Fonds européen de stabilité financière (EFSF), l’euro ne présente pas le moindre signe d’une devise affaiblie. Bien au contraire. Depuis janvier, la monnaie européenne ne cesse de s’apprécier contre le dollar qui s’échange autour de 1,45 (13 avril) pour un euro, soit bien au-delà de sa parité de pouvoir d’achat estimée entre 1,15 et 1,20.

Ce n’est pas l’euro qui est fort, mais bien plutôt le billet vert qui se replie contre toutes les devises depuis le début de 2011. « Sur fond de baisse du dollar, l’euro profite de la remontée des taux directeurs (1,25 %) de la Banque centrale européenne (BCE), comme les devises des pays exportateurs de matières premières et ceux dont les banques centrales ont commencé à relever leurs taux directeurs comme le dollar néo-zélandais, le dollar australien ou même canadien », explique Nordine Naam, stratégiste change chez Natixis. Seul le yen échappe au mouvement d’appréciation générale contre le billet vert en raison des dramatiques événements au Japon, de la récession qui devrait suivre et d’une politique monétaire qui va rester accommodante.

Divergence

Le taux de change effectif réel de l’euro « se situait en février dernier 4,3 % au-dessus de sa moyenne sur 25 ans, donc rien d’extravagant, estime David Deddouche, stratégiste change de Société Générale CIB. L’évolution actuelle de l’euro-dollar est tout simplement conduite par les différences de politique monétaire. La BCE relève son taux directeur bien avant la Réserve fédérale. L’euro s’apprécie ». Les écarts sont importants puisque le marché anticipe à un an 135 points de base (pb) de hausse pour le taux de refinancement de la BCE et seulement 50 pb pour le taux objectif des Fed funds, ajoute l’économiste. A deux ans, l’écart s’élargit avec un taux directeur euro de 2,44 % pour un taux américain de 0,97 %. Les économistes tablent sur deux ou trois relèvements à venir du taux refi tandis qu’ils ne voient pas d’initiative sur les taux de la part de la Réserve fédérale avant plusieurs mois.

La divergence entre les deux politiques monétaires tient aux désaccords sur l’appréciation de la conjoncture économique entre les membres du board de la Fed et leurs homologues du conseil de la BCE. Dans leur majorité, les premiers considèrent que l’inflation importée des matières premières ne constitue pas une menace inflationniste. Surtout au regard de leur principal critère d’appréciation, l’inflation sous-jacente (l’indice core PCE price). Ils jugent aussi que la baisse du taux de chômage (8,8 % de la population active) demeure insuffisante selon les critères américains. Les membres de la BCE font le diagnostic inverse avec des discours officiels se focalisant sur le risque inflationniste. Conséquence, les marchés en concluent que la banque centrale s’est lancée dans un mouvement impliquant plusieurs hausses de taux.

Changement de ton

Mais le ton et le discours de la Fed devraient changer au cours de l’été, escomptent les économistes, après la fin en juin prochain de la phase 2 de son programme d’assouplissement quantitatif - QE2 - (L’Agefi Hebdo du 14 avril). Il y a un risque de spirale à la baisse « dangereux » du billet vert au cours des quelques semaines qui nous séparent de la fin du QE2, indique une note de recherche de RBS. Sans être autant alarmiste, David Deddouche prédit que « le dollar devrait casser quelques niveaux techniques pour toucher 1,50 pour un euro avant l’été. Par la suite, il va s’apprécier au fur et à mesure que la Fed entrera dans une séquence de normalisation de sa politique monétaire avec une remontée des taux courts fin 2011 ou début 2012 ». De son côté, Nordine Naam estime que « le dollar commencera à s’apprécier avec la fin du QE2 et l’amélioration du marché de l’emploi. La Fed sera confortée dans la nécessité d’entamer l’‘exit strategy’ de sa politique monétaire non conventionnelle. Nous envisageons dès juillet un euro-dollar à 1,37, puis un reflux vers les 1,30 ».

En matière de taux de change, il est rare de voir un scénario faisant l’unanimité chez les économistes : la fin de l’euro fort, ou plutôt du dollar faible, est proche. La correction n’est qu’une question de quelques semaines.

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