Dossier Marchés émergents

L’appétit pour les Bourses des pays en développement revient

le 03/05/2012 L'AGEFI Hebdo

Les gestionnaires d’actifs parient sur la fin du ralentissement en Chine et sur le retour à des politiques monétaires accommodantes.

Les temps changent. D’habitude, les vents de panique qui soufflent sur les marchés d’actions de la zone euro secouent aussi les places boursières des pays émergents. Or ce n’est pas tout à fait ce qui s’est produit au mois d’avril, tandis que les inquiétudes concernant le règlement de la dette européenne monopolisaient à nouveau l’attention. Certaines Bourses émergentes ont subi des prises de bénéfice certes, mais sans commune mesure avec celles observées à Paris, Amsterdam, Milan ou Madrid. En définitive, depuis le début de l’année, exception faite de l’Argentine, la plupart des marchés d’actions émergents affichent des performances nettement supérieures à celles des marchés européens : l’indice RTS de Moscou a grimpé de près de 15 % depuis le début de l’année, l’indice SSE Composite de Shanghai, de 9 % (au 27 avril 2012).

Les performances boursières ont été meilleures qu’en Europe mais « les volumes d’échanges ont été faibles », observe toutefois David Gaud, gérant senior pour les marchés asiatiques chez Edmond de Rothschild Asset Management. En effet, le goût pour le cash a été général. Selon une étude de Bank of America-Merrill Lynch, les investisseurs « ont réduit l’importante surpondération de leurs portefeuilles en marchés émergents, de 40 % en mars à 28 % en avril, et ont parallèlement augmenté la part en liquidités à 4,7 % ». Les experts de la banque relèvent cependant que, malgré la remontée globale de l’aversion pour le risque, « les gérants de fonds voient la fin du ralentissement en Chine ».

Reflation

« L’indice PMI manufacturier de la Chine qui s’est établi à 53,1 points en mars, à comparer à 50,9 en février, est un bon signe », estime David Gaud. Le gérant ne s’inquiète pas de son décalage avec l’indice PMI flash chinois de HSBC, encore inférieur à 50 au mois d’avril, et délivrant ainsi un signal nettement moins flatteur. « C’est vrai qu’à 49,1, il prédit encore un tassement de l’activité industrielle, explique le gestionnaire d’actifs. Cependant, contrairement au PMI, cet indice est essentiellement composé de petites et moyennes entreprises. Fournisseurs des grands groupes, elles devraient bénéficier de la reprise des commandes plus tardive. » « Le point bas de l’économie chinoise a été atteint », analyse également Sophie Chauvellier, gérante de fonds de fonds de Dorval Finance. Jugeant que les révisions à la baisse des résultats des entreprises de l’Empire du milieu ont été trop loin désormais, l’experte, qui anticipe un renversement de cette tendance au cours du deuxième trimestre, accroît progressivement l’exposition de son portefeuille aux actions chinoises.

D’une façon générale, « avec le début d’une phase de reflation, nous entrons dans une période plus favorable aux actions des marchés émergents qu’à leur dette, indique Sophie Chauvellier. Estimant qu’ils ont suffisamment combattu l’inflation, la plupart des pays en développement recommencent à assouplir leur politique monétaire afin de relancer leur croissance ».

C’est ainsi que nombre de gestionnaires spécialisés dans les marchés émergents surpondèrent à nouveau les actions chinoises, brésiliennes, russes, mais aussi celles de certains pays dits « frontières », comme « l’Indonésie, la Colombie, le Pérou, les Philippines, ou l’Arabie Saoudite, dotés d’un bilan économique sain, d’une faible dette et d’importantes réserves, c’est-à-dire d’une forte capacité de relance en temps de ralentissement », précise Xavier Hovasse, gérant d’actions émergentes chez Carmignac Gestion. Sans oublier toutefois que ces places boursières sont toujours, malgré tout, corrélées aux risques extérieurs, les investisseurs plus téméraires sont repartis en quête de bonnes affaires.

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