L’amplification de la récession complique la tâche du Portugal

le 23/02/2012 L'AGEFI Hebdo

Le décrochage de l’activité pourrait retarder les objectifs de réduction de la dette publique, malgré les efforts du gouvernement.

Le Portugal aura-t-il besoin d’un soutien financier supplémentaire ? Alertés par la chute en récession du pays, plusieurs observateurs considèrent que les financements fournis dans le cadre du plan de sauvetage de 78 milliards d’euros conclu avec le Fonds monétaire international (FMI) et l’Union européenne (UE) au printemps dernier seront insuffisants. « Le prochain dossier européen à traiter sera celui du Portugal », assure Pierre Ciret, économiste chez Edmond de Rothschild AM, estimant toutefois que le Mécanisme européen de stabilité (MES), qui prendra le relais du Fonds européen de stabilité financière (FESF) le 1erjuillet 2012, aura la capacité d’y faire face. « A l’échelle européenne, les difficultés du Portugal sont un petit problème », nuance Pierre Ciret.

Dépendant de facteurs extérieurs

« Le FMI et l’UE n’avaient pas anticipé une récession portugaise aussi marquée lorsqu’ils ont mis sur pied le programme de sauvetage en avril 2011 », rappelle Axel Botte, stratégiste obligataire chez Natixis Asset Management. Après une croissance du PIB de 1,4 % en 2010, puis un déclin de 1,5 % l’année dernière, le gouvernement portugais prévoit désormais un repli de l’activité de quelque 3 % pour 2012.

« Il est encore un peu trop tôt pour conclure que le Portugal aura rapidement besoin de financements européens supplémentaires », relativise Gaëlle Malléjac, responsable de la gestion taux chez Groupama Asset Management. « Ses besoins dépendront de plusieurs facteurs extérieurs et en particulier de l’évolution de la conjoncture économique de ses voisins européens », analyse la gestionnaire d’actifs. Le seul moteur de croissance du pays, dont les principaux partenaires commerciaux sont l’Espagne, la France et l’Allemagne, est l’exportation. En hausse au quatrième trimestre 2011, elle représente près de 40 % du PIB du Portugal qui, malgré la morosité, a su conserver ses parts de marché et améliorer légèrement sa compétitivité.

La confiance érodée

A l’opposé, l’investissement et la consommation domestique s’effondrent. Les dépenses des ménages subissent le contrecoup des mesures de restriction budgétaire engagées dès 2011 en contrepartie de l’aide du FMI. De plus, le taux de chômage, qui est passé de 12,4 % au troisième trimestre à 14 % au quatrième trimestre, érode la confiance. La déprime n’épargne pas les entreprises qui restreignent leurs investissements et entrent dans une phase de désendettement (130 % du PIB), à l’instar des ménages portugais dont la dette représente 94 % du PIB. « Le secteur privé du Portugal n’est qu’au début de son processus de désendettement », avertit Deutsche Bank, constatant que les robinets bancaires ont été fermés (voir le graphique). Contraintes de contrôler leur ratio « prêts sur dépôts » conformément aux engagements pris auprès de la Troïka, les banques portugaises ont coupé la distribution de crédits.

L’autre facteur extérieur susceptible de provoquer un appel à l’aide supplémentaire de la part du Portugal est la perception des investisseurs. « Le retour du Portugal sur les marchés mi-2013, comme c’est prévu dans l’accord avec le FMI et l’UE, dépendra de sa crédibilité auprès des marchés financiers », poursuit Gaëlle Malléjac.

Si l’Etat revient tester le marché, avec l’émission importante de 9,7 milliards d’euros programmée le 23 septembre 2013, il faudra non seulement que les acheteurs soient au rendez-vous mais aussi que les taux d’intérêt demandés soient abordables, loin des niveaux qui prévalent aujourd’hui sur le marché secondaire : près de 12 % pour du 10 ans… En attendant, « les bons du trésor de 3 mois à 12 mois trouvent encore preneurs sans problème. Les banques, avec l’accès à la liquidité de la Banque centrale européenne, renouvellent leurs positions, et on observe une légère détente des taux sur ces maturités, commente Axel Botte. Le programme du FMI et de l’UE écarte le risque de crédit à court terme, et la promesse de l’Allemagne d’étudier une extension de l’aide au-delà de 2013 en cas de besoin a contribué à rassurer les marchés. »

Autre point encourageant, « les autorités portugaises font ce qu’elles disent. En plus d’appliquer les mesures de restriction budgétaire, le gouvernement portugais, qui a l’avantage d’être soutenu par l’opinion publique, met en place des réformes destinées à relancer la croissance et la compétitivité », observe Gaëlle Malléjac, ajoutant qu’il ne serait pas choquant qu’un nouveau plan d’aide européen soit mis en place : « Cela donnerait le temps d’ajuster les mesures aux résultats des réformes. » La rigueur coûte que coûte n’est pas toujours constructive.

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