Rencontre avec... Xavier Parain, directeur adjoint en charge de la gestion d’actifs à l’Autorité des marchés financiers (AMF)

« L’AMF porte une attention particulière aux opérations de contre-valorisation »

le 08/03/2012 L'AGEFI Hebdo

Faut-il un agrément pour qu’une société de gestion puisse utiliser des instruments financiers complexes ?

Toute société de gestion doit d’abord obtenir un agrément auprès de l’AMF avant de pouvoir utiliser des produits complexes. Le principe est simple : l’AMF ne l’autorise à gérer que ce qu’elle peut maîtriser. Elle doit donc montrer qu’elle a les ressources (humaines et technologiques) nécessaires pour comprendre et valoriser les instruments qu’elle veut traiter. Les gérants doivent avoir des compétences mathématiques certaines. Il faut également une fonction de risk management bien identifiée, indépendante de la gestion, afin d’assurer une deuxième couche de contrôle.

Quelles obligations a-t-elle une fois ces produits en portefeuille ?

Une fois cet agrément obtenu, la société de gestion doit être capable d’apprécier la valorisation qui est donnée par les contreparties (en opérant sa propre contre-valorisation), avec la même fréquence que ces dernières, tout en appréhendant les risques associés, c’est-à-dire comprendre comment le produit va se comporter selon l’évolution du marché. Dans le cadre des contrôles réguliers auxquels elle procède, l’AMF porte une attention particulière à ces opérations de contre-valorisation. Elle a déjà été amenée à sanctionner des sociétés de gestion. Certains gérants en sont également arrivés à recapitaliser des fonds qui n’étaient pas correctement valorisés.

Peuvent-elles externaliser tout ou partie de cette contre-valorisation ?

La société de gestion n’a pas la possibilité de tout déléguer, elle doit conserver en interne toute l’expertise nécessaire pour maîtriser les risques associés à ces produits. Elle peut externaliser une partie de la valorisation en faisant par exemple appel à des logiciels fournis par certaines sociétés spécialisées ou en utilisant des flux de données de marché, mais ces recours doivent faire l’objet de toutes les diligences nécessaires. On ne lui demandera pas de tout reconstruire, mais elle doit s’assurer du domaine de validité du modèle utilisé, de ses limites et de son adéquation au produit qu’il est censé valoriser. L’AMF ne souhaite pas imposer des méthodes standards, mais des revues fréquentes.

A lire aussi